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24/07/2009 : Le vaisseau des voyageurs - Robert Charles Wilson 22/07/2009 : La voie du sabre - Thomas Day 10/07/2009 : Sac d'os - Stephen King 01/07/2009 : Chromozone - Stéphane Beauverger 19/06/2009 : Les fils du vent - Robert Charles Wilson 08/06/2009 : La nuit du bombardier - Serge Brussolo 05/06/2009 : Le vol des harpies - Megan Lindholm 28/05/2009 : Janua Vera - Jean-Philippe Jaworski 20/05/2009 : L'île de la bataille - Sean Russell 15/05/2009 : Les menhirs de glace - Kim Stanley Robinson
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Le vaisseau des voyageurs - Robert Charles Wilson 
Par Arutha le 24/07/2009 à 21:03
Un gigantesque vaisseau extra-terrestre apparaît soudain au-dessus de la terre telle une seconde lune. Pendant un an, il reste ainsi, immobile, silencieux et sourd. Nul ne connait les intentions de ses occupants et chacun vit dans une angoisse et une obsession permanentes. Bientôt, quelques médecins découvrent que les humains sont victimes d'un sorte de virus inconnu et dont les effets ne le sont pas moins. Une seule certitude, le nombre de "victimes" s'accroit de façon alarmante et personne ne semble à l'abri. Puis une nuit, un message est adressé en même temps à toute l'humanité. Plus exactement un choix, celui de l'immortalité. Contre toute attente, mais est-ce tellement étonnant ? une partie, minime, des humains refuse la proposition. Un sur dix mille pour être précis. Parmi eux, Matt Wheeler, médecin, dont pourtant tous les proches, jusqu'à sa propre fille, ont accepté l'offre des Voyageurs. Commence alors pour Matt et une poignée de ses concitoyens une vie nouvelle au milieu de Contactés de plus en plus distants.

Il se confirme ici la montée en puissance de l'auteur de livre en livre. S'il n'y avait qu'un détail à retenir pour indiquer cette maturation, je retiendrais la taille du roman. Même si, bien entendu, l'épaisseur d'un livre n'a jamais été synonyme de qualité, il convient d'admettre que la prose de Wilson s'étoffe montrant à quel point il a de plus en plus de choses à dire. Et il les dit de mieux en mieux. Le nombre de pages augmentant, le nombre de personnages augmente aussi. Et comme toujours quelques bonnes idées, ici forcément un peu plus développées.
Pourtant, il demeure encore quelques imperfections qui empêchent le roman de se hisser au sommets du genre. D'abord les personnages. Même si ils sont plus nombreux que dans les textes précédents, beaucoup trop d'entre eux sont à peine esquissés. Certains n'ont pas même une réplique, ou, pour ainsi dire pas. On a la désagréable impression qu'ils sont là pour "faire du nombre".
Et puis surtout, impossible, en lisant Le vaisseau des voyageurs de ne pas penser à ce chef d'oeuvre de King, Le fléau. Même si le point de départ des deux oeuvres est différent, l'ambiance de fin d'humanité est la même. Et les aventures des uns rappellent fortement les aventures des autres. Jusqu'à certains personnages qui trouvent comme un écho d'un roman à l'autre. On pourra donc préférer le livre de King à celui de Wilson.
Un très bon roman donc, mais qui n'a pas la densité de celui du maître du suspense. A lire, par conséquent, si vous n'avez pas lu Le fléau. Dans le cas contraire, j'ai peur qu'il n'apporte rien de bien nouveau.

La critique de Munin
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La voie du sabre - Thomas Day 
Par Arutha le 22/07/2009 à 13:02
Japon, XVIIème siècle. Le jeune Mikedi voit sa vie, sinon tranquille, du moins toute tracée, bouleversée par l'arrivée chez son père, le seigneur de guerre Nakamura Ito, d'un curieux samouraï du nom de Miyamoto Musashi. Miyamoto n'a rien du guerrier traditionnel. Il est sale, il pue, il est grossier et trouve le moyen de se mettre à dos la plupart des hommes de son hôte. Après avoir remis à leur place une bonne partie des samouraïs de Nakamura, Miyamoto propose à celui-ci de prendre son fils Mikedi comme apprenti afin de lui enseigner La voie du sabre, avec la promesse de tout faire pour que ce dernier devienne l'époux de l'Impératrice-Fille ou Shôgun, l'un comme l'autre étant des honneurs suprêmes. C'est ainsi que le jeune garçon parcourt les routes en compagnie de ce maître atypique nouant d'abord avec lui une relation de haine qui va se transformer, au fil des ans, en une admiration sans bornes. Jusqu'au jour où le disciple va vouloir s'opposer à son maître ...

Je dois dire que ce livre fut une sacré bonne surprise. Je n'avais jamais entendu dire quoi que ce fut sur Thomas Day, que ce soit en bien ou en mal. Je n'avais donc aucun a priori en démarrant la lecture, ce qui est plutôt rare dans la mesure où, habituellement, j'écume les critiques avant toute lecture. C'est donc avec un esprit tout à fait libre que je me lançais dans l'aventure.
Ce qui frappe en premier lieu dans La voie du sabre c'est la connaissance subtile que l'auteur possède sur le Japon médiéval. La preuve en est l'impressionnante bibliographie proposée en fin d'ouvrage. On sent bien que tout ce que Day a pu lire sur le sujet est parfaitement digéré et maîtrisé. On apprend à l'occasion un certain nombre de choses qui mettent à mal quelques idées reçues.
Le récit est servi par une écriture qui se laisse lire avec bonheur et facilité. Tout le monde ayant, plus ou moins, vu des films de samouraïs ou à défaut, quelques films sur la Chine médiévale, qui leur font comme un écho, on s'émerveillera des images que le récit suscite, immanquablement, en nous. On VOIT, littéralement, le héros s'élever dans les airs et y rester suspendu, comme par magie, tout en distribuant force coup de sabre, pardon, de katana.
L'histoire est entrecoupée de courts contes extrêmement plaisants.
Rarement j'ai été plongé à ce point dans l'univers d'un auteur.
Autre qualité du roman : sa longueur. En 281 pages, il nous livre l'essentiel d'une histoire palpitante.

On dit souvent de tels romans aussi courts qu'ils ont été agréables à lire mais ne laisseront aucun souvenir particulier dans la mémoire. Je dis, quant à moi, que La voie du sabre va me hanter pendant encore très, très longtemps. C'est court, c'est beau, c'est bon. J'ai hâte de lire le reste de l'oeuvre de l'auteur.
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Sac d'os - Stephen King 
Par Arutha le 10/07/2009 à 21:14
Michael Noonan est un écrivain qui connaît un certain succès. Lorsque sa femme, Johanna, meurt de façon soudaine, il se révèle incapable d'écrire la moindre ligne. Quatre ans après la tragédie, il décide de s'installer à Sara Laughs, une maison qu'il possède près d'un lac, au sein d'une petite bourgade de province. C'était la résidence préférée de Johanna. A peine installé, il sent, dans la maison, une présence surnaturelle. S'agit-il de Johanna ? De l'ancienne locataire ? D'un enfant mort noyé dans le lac ? Michael ne parvient pas à savoir. Ni même si la présence est totalement bienveillante. Un moment tenté de faire demi-tour, il fini par s'installer pour de bon.
Il fait alors la connaissance de Kyra, une adorable petite fille, et de sa mère, Mattie, femme-enfant qui vit seule avec la fillette dans une caravane, depuis la mort de son mari, Lance Devory. Lance était le fils de Max Devory, un enfant du pays et devenu immensément riche. Ce dernier cherche à tout prix à obtenir la garde de sa petite-fille. Michael, tombé sous le charme de la gamine et de sa mère, est amené à affronter, bien malgré lui, Devory. Il découvre bien vite qu'être l'adversaire d'un homme aussi riche et puissant est un enfer. Très vite, en effet, le cauchemar commence.
J'ai bien failli ne jamais lire de Stephen King. Tout ça à cause d'un stupide a priori que j'avais sur cet auteur. A priori que je dois, si ma mémoire est bonne, a de mauvaises critiques, non pas d'un roman de King, mais de toute son oeuvre. Je n'aurai donc qu'un seul conseil à donner à tout un chacun : faites-vous, en littérature, autant que faire se peut, une opinion par vous même. J'ai donc fini par tenter un Stephen King, puis voyant que je n'étais pas devenu beaucoup plus con, ou alors, je ne m'en suis pas aperçu, j'en ai lu un autre, puis un autre ... Jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais été déçu.
Et je n'ai pas davantage été déçu par Sac d'os qui est considéré, parait-il, comme LE chef d'oeuvre de King par la critique internationale. S'agit-il de son chef d'oeuvre ? Peu importe, c'est en tout cas l'un des très bon livres du maître.
On retrouve ici tous les ingrédients qui ont fait le succès des autres romans de l'auteur, avec, ici ou là, quelques entorses aux habitudes.
D'abord des gens ordinaires, dépeints dans leur vie ordinaire. Même si, ici, les personnages de Michael Noonan, l'écrivain, et de Max Devory, le magnat de l'informatique, sortent un peu de l'ordinaire. Et pour une fois, ce n'est pas à une famille américaine typique que nous avons affaire, si l'on excepte, bien sûr, Mattie et Kyra, mais elles forment une famille réduite à sa plus simple expression. Car King n'aime rien tant que de décortiquer les relations complexes qu'entretiennent les membres d'une cellule familiale. Relation mari-femme, mère-enfant ou père-enfant. Stephen King, j'en suis persuadé, aime les gens et il le montre.
Second ingrédient toujours présent dans l'oeuvre de King, et pour cause, la peur, l'horreur, la terreur, l'effroi. Même si ici, à travers une histoire de fantômes, il nous effraie bien moins qu'à l'accoutumée.
Non, le sentiment que l'auteur parvient d'abord à susciter chez nous est davantage assimilable à la rage. Rage face à ce grand-père immensément riche (il est capable de racheter un hôtel parce qu'il a besoin d'un endroit où dormir) qui a pris l'habitude depuis l'enfance de s'approprier ce qu'il désire sans se soucier de légalité. Rage aussi face aux habitants du coin tous, ou peu s'en faut, soumis à la volonté du vieillard. J'ai pensé, en lisant cette histoire, à un film dont j'ai oublié le nom (fichue mémoire). Dans ce film, Spencer Tracy (magnifique), débarque dans un petit bled pour remettre je-ne-sais-plus-trop-quoi à un vieux japonais. Sauf qu'il a un mal fou à retrouver le vieil homme et il va se heurter, petit à petit, à l'hostilité grandissante de la population, qui a, manifestement, quelque chose de pas très joli-joli à cacher à propos de ce citoyen de l'empire du soleil levant. On retrouve dans le roman de King la même solidarité mal placée des habitants face à des étrangers qui posent trop de question. Même si j'en ai parfois mal au ventre de rage rentrée, j'adore lire ces histoires peuplées de salauds ordinaires, de monstres d'apparence anodine, de pères de famille les mains couvertes de sang, de femmes au foyer la haine au coeur.
Et puis, Sac d'os c'est aussi une merveilleuse histoire d'amour, ou de plusieurs histoires. Michael et Johanna, Michael et Mattie, et même celle, paternelle celle-là, de Michael et Kyra. C'est également la hantise de la page blanche chez l'écrivain.
Tout reste finalement assez classique, mais traité avec le savoir-faire du maître. Le texte est long, plus de 700 pages, mais se lit avec l'aisance habituelle qu'on éprouve avec chaque roman de l'auteur. On se retrouve particulièrement happé par le récit dans les 200 dernières pages au cours desquelles, certains passages sont en mesure d'arracher des larmes aux plus endurcis.
Du tout bon King. Définitivement.
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Chromozone - Stéphane Beauverger 
Par Arutha le 01/07/2009 à 21:00
Chromozone 1

J'inaugure avec ce billet une habitude qui, je l'espère, durera longtemps. J'ai en effet l'intention de me passer désormais de la quatrième de couverture et de faire un résumé personnel des livres. C'est plus dur mais c'est plus mieux.

Le lieu tout d'abord. Notre bonne vieille terre. Plus précisément l'Europe. Et plus précisément encore : Marseille, Berlin, Enez Eussa (Ouessant). L'époque ? Loin, ou pas si loin, dans le futur. Pour être exact, 15 ans après l'apparition d'un virus informatique qui a détruit, irrémédiablement, tous les systèmes d'information et de communication.
Plus d'internet : l'horreur.
Les gouvernements et les autorités traditionnelles ont disparus. Les gens se sont regroupés en communautés le plus souvent ethniques ou religieuses, enfermées dans des quartiers entiers placés sous haute sécurité : les conforteresses. Quant au pouvoir, qui ne reste jamais longtemps vacant, n'est-ce pas ? il est détenu, quelle surprise, par de grosses multi-nationales qui développent de nouveaux moyens de communication ce qui les placent, de facto, en position de dominer le monde.
C'est dans ce contexte que nous suivons l'itinéraire de trois personnages.
Teitomo à Marseille. C'est une espèce de policier géant qui semble davantage agir de sa propre initiative que sous les ordres de ses chefs.
Gemini à Ouessant. C'est un gamin qui tente de survivre sur une île abandonnée de tous. Ici, le pouvoir est assuré par une bande de pseudo-celtes, des nazillons prônant la suprématie de la race blanche et toutes ces conneries.
Justine à Berlin. Justine est la femme et la plus proche collaboratrice du patron de la plus grosse entreprise en charge de développer les nouveaux moyens de communication, moyens principalement basés sur les phéromones. C'est l'ère de l'homme-abeille en quelque sorte.
Bien entendu, l'histoire va réunir ces trois là. Ce qui m'amène, au passage, à dénoncer une pratique de plus en plus courante, je trouve, consistant à dénigreravec force cette façon de procéder. Ces critiques semblent préférer un scénario plus linéaire. Et si moi je disais que la linéarité je trouve ça chiant. On me dira que tous les goûts sont dans la nature. Je suis d'accord. Mais justement, pourquoi tomber à bras raccourcis sur l'auteur qui utilise cette façon de présenter son récit. Démarrer l'histoire au moment où tous les personnages sont déjà réunis c'est d'une raconter une autre histoire, de deux se priver des raisons qui les ont conduits à être réunis.
On peut critiquer le style de l'auteur, la pauvreté de son histoire, l'inconsistance de ses personnages. Mais sa construction ? J'en reste pantois. Cette technique est vieille comme mes robes et elle est le fondement même de l'un des meilleurs polars français que je connaisse : Le cercle rouge. Fin de la parenthèse énervée.
Ces trois histoires convergentes sont, en outre, l'occasion pour l'auteur de changer de ton, de rythme, d'univers. D'autant que, comme vous l'aurez compris, nos trois héros sont situés sur des barreaux bien différents de l'échelle sociale. De tout en bas avec Gemini, à tout en haut avec Justine en passant par un niveau intermédiaire avec Teitomo.
Tout cela est écrit dans un style simple et direct, très facile à lire et avec beaucoup de rythme. Les personnages sont particulièrement réussis et complexes. Ni blancs, ni noirs, ils sont capables du meilleur comme du pire. L'ensemble n'a pas été sans me faire songer à Philip K. Dick (j'ai pensé, forcément, à Docteur Bloodmoney) ou à John Brunner. Excusez du peu. L'auteur nous présente une vision très noire, mais malheureusement, très réaliste du futur.
Si j'avais un reproche à faire à ce premier tome, c'est le manque d'explications ou d'éclaircissements des évènements, des technologies, des situations. Nous savons très, très peu de chose de ce qui s'est passé, ni le comment, ni le pourquoi. Rien, si je ne m'abuse, sur ce que sont devenus les différents gouvernements. Rien sur la façon dont fonctionnent les nouvelles techniques de communication. Quid aussi de la police à laquelle appartient Teitomo ? Je n'ai pas le souvenir qu'on sache qui la finance par exemple.
Je pense qu'il s'agit avant tout d'une vieille tradition des écrivains d'anticipation français qui privilégient l'écriture (style et histoire), là où leurs homologues anglo-saxons privilégient les longues explications scientifiques. Parfois je me dis qu'un juste milieu serait juste parfait.

Voilà en tous cas un premier opus qui m'a donné très envie d'attaquer la suite. Disons-le tout net : j'aime bien ce que fait Stéphane Beauverger.

Critique chez Nebal
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Les fils du vent - Robert Charles Wilson 
Par Arutha le 19/06/2009 à 13:46
Etats-Unis, fin des années 1950. Karen, Tim et leur sœur Laura possèdent le don de voyager entre les mondes. Mais dans leur famille on n'en parle pas, ou alors au prix d'une raclée. Et on déménage. Tous les ans, une nouvelle ville. Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette fuite ? Qui est ce menaçant homme en gris qui les retrouve à chaque escale et semble partager leur étrange pouvoir ? Canada, de nos jours. La vie ordinaire que Karen s'est efforcée de mener depuis quarante ans vole en éclats le jour où son mari la quitte et où son fils de quinze ans, Michel, se révèle capable d'utiliser le talent maudit. En quête de réponses, elle se rend avec lui à Los Angeles pour retrouver sa sœur, hippie sur le retour qui a choisi de vivre dans une Californie parallèle. C'est le point de départ d'une épopée fantastique qui les emmènera à travers plusieurs dimensions d'un bout à l'autre du continent nord-américain. Mais il faut faire vite : l'homme en gris a toujours une longueur d'avance. Roman d'aventures haletant, immersion dans un univers fantastique unique, Les fils du vent est avant tout une réflexion d'une finesse psychologique rare sur les liens familiaux.

J'ai décidé de lire l'ensemble de l'oeuvre de Wilson, ou, tout au moins, les romans publiés en poche et en version française. Et ce, dans l'ordre chronologique de parution, autant que faire se peut. Histoire de constater la montée en puissance de l'auteur.
Je n'ai, par conséquent, pas pu lire ce second roman (pour moi), sans le comparer au premier, Ange mémoire. Et à l'évidence, alors que le premier était plus qu'honorable, le second est tout simplement excellent. Si je devais en parler comme je parlerais d'un film, je dirais que dans le premier, les personnages sont filmés de loin, tandis que dans le second, la caméra est au coeur des personnages.
Des personnages comme je les aime. Complexes et attachants. Des gens tout ce qu'il y a de plus ordinaires en dehors de leur don qui est, lui, extraordinaire.
On pourra penser que cette histoire de mondes parallèles est des plus classique. Qu'on en a lu des centaines. Pour ma part, j'avoue n'en avoir pas lu tant que ça. Si ce n'est le cycle d'Ambre, mais les deux histoires n'ont rien en commun.
Wilson parvient même à rendre son récit très original à l'aide de bonnes idées dont il n'est pas avare.
Ajoutez à cela un maintien du mystère pratiquement jusqu'au bout, et vous obtenez un roman très agréable à lire. Et court qui plus est (316 pages) ce qui ne gate rien.
Wilson, pour moi décidément un auteur à suivre.

Merci qui ? Merci Efelle

A venir : Le vaisseau des voyageurs
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La nuit du bombardier - Serge Brussolo 
Par Arutha le 08/06/2009 à 16:11
Après le viol de sa mère auquel il a assisté, David est envoyé en pension à Triviana-sur-Mer par sa grand-mère tyrannique. Il espère pouvoir échapper aux cauchemars qui le hantent, mais va très vite déchanter. Pas question de trouver le moindre réconfort auprès des autres pensionnaires : ils se regroupent en fraternités aux rites d'initiation aussi barbares que secrets. Et il règne sur la petite ville une atmosphère délétère depuis que, trente ans plus tôt, un mystérieux bombardier s'est écrasé sur un parc d'attractions voisin, tuant et mutilant des centaines de personnes. La région serait-elle hantée ? David serait-il contaminé par la folie de sa mère, internée en hôpital psychiatrique ? Et que s'est-il réellement passé cette fameuse nuit du bombardier ?

En principe, je ne suis pas très fan des classements, des étiquettes, affectés aux gens ou aux choses. D'un autre côté, en tenant un blog de littérature de l'imaginaire, je présuppose que les livres que je lis font l'objet d'un classement. Ne serait-ce que celui de l'éditeur. Or donc, si je devais absolument classer cette Nuit du bombardier, je serais bien en peine. S'agit-il de fantastique mâtiné de science-fiction ? Ou l'inverse ? D'une science-fiction d'horreur ? De terreur ? Ce qui est sûr en tout cas, c'est que l'on frémit souvent à la lecture de ce roman. Ce sentiment qu'il est difficile de classer le livre est également dû à la façon dont l'histoire est racontée. Quasiment à chaque chapitre, au moins au début, l'auteur semble nous mener sur des chemins différents. Va-t-on assister aux rapports compliqués d'un fils et de sa mère, violée sous ses yeux ? Va-t-on lire le récit d'une descente aux enfers dans un collège où la discipline imposée par certains élèves dépasse en rigueur celle des professeurs ? Chaque fois qu'on croit avoir saisi le sujet nous sommes aussitôt détrompés. Jusqu'au moment où on comprend, enfin, de quoi il est question.
Si ce n'est dans la forme, le roman peut faire penser, sur le fond, à une oeuvre de Stephen King. L'horreur qui surgit et s'impose petit à petit aux personnages n'est, en effet, pas sans suggérer les romans du maître. Toutefois, là où Stephen King est devenu un expert dans l'art de nous faire partager le quotidien de gens ordinaires plongés au milieu de phénomènes étranges, Serge Brussolo ne parvient que plus difficilement à nous intéresser à ses personnages. Ceci est d'autant plus vrai que la plupart d'entre eux, voire tous, sont psychologiquement assez instables quand ils ne sont pas tout simplement parfaitement dingues. Ce qui ne contribue pas à les rendre proches de nous qui nous supposons, cela va de soi, incontestablement sains d'esprit.
L'écriture, même si elle est telle que la lecture est fluide, n'en est pas moins un peu "froide", distante. Cela nous éloigne, également, des personnages. Mais en dehors de ces quelques défauts mineurs, l'histoire est prenante. L'auteur nous gratifie de trouvailles assez intéressantes. Le fait que la plupart des personnages soient complètement barrés nous offre des passages extravagants ou tragi-comiques.
Il reste après lecture, de nombreux moments assez forts : des têtes qui volent, d'étranges balades nocturnes en forêt, des figurines tueuses.
Le tout ne fait pas partie, a priori, de mon univers mais pourrait parfaitement s'y intégrer.
Encore une fois, parce que je le dis de beaucoup d'autres, ce livre n'est pas le roman du siècle mais il ne donne aucun regret de l'avoir lu. Bien au contraire. Nul doute que je vais relire du Brussolo.
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Le vol des harpies - Megan Lindholm 
Par Arutha le 05/06/2009 à 13:53
Ki et Vandien 1

La jeune Ki voit rouge le jour où sa famille se fait massacrer par les harpies, ces créatures ailées sacrées aux yeux de tous. Bravant l'interdit, elle détruit le nid de l'une d'elles et la tue. Désormais poursuivie sans relâche, tant par les harpies que par leurs nombreux serviteurs humains, et prête à tout pour leur échapper, Ki accepte de convoyer un chargement vers la lointaine Diblun, quitte à devoir emprunter le redoutable " Col des Soeurs ". Un seul homme, Vandien, voleur de profession, ose la suivre et se dresser à ses côtés contre la toute puissance des harpies. Leur périple s'annonce long et périlleux ...


On a beaucoup dit, ici ou là, que ce premier roman de Megan Lindholm n'était, malgré ses qualités, pas tout à fait à la hauteur des oeuvres que l'auteure, sous le nom de Robin Hobb, allait publier. On a parlé de prémices, de promesses, de voix naissante. Bref, ce n'était pas encore du Robin Hobb. Je ne suis pas loin de partager ces avis. Mais j'apporterai tout de même deux précisions. La première c'est que ce premier roman, EST, malgré tout, du Robin Hobb. J'entend par là que tous ceux qui n'apprécient pas cette auteure peuvent passer leur chemin. Aucune bonne surprise ne les attend. La seconde est qu'il s'agit indubitablement d'un très bon roman, si ce n'est pas, à l'évidence, un chef-d'oeuvre.

Le roman peut être divisé en deux parties, emmêlées, imbriquées l'une dans l'autre. La première partie concerne les aventures proprement dites de Ki et Vandien. Elles se déroulent dans le présent des personnages. Ki est une jeune femme à l'origine mal définie mais qui a été élevée parmi les romnis, dont le modèle est à chercher auprès des gens du voyage, devenus très à la mode dans la fantasy moderne. Elle a pour mission de transporter, dans sa roulotte, des pierres précieuses pour le compte d'un marchand. Elle rencontre Vandien lorsque celui-ci tente de lui voler l'un de ses chevaux. Elle le surprend, le maîtrise puis décide finalement de le laisser l'accompagner. Le reste est assez classique, les deux personnages étant amenés à franchir un col réputé infranchissable à cette époque de l'année. Déjà ici, ce qui compte chez Lindholm-Hobb, c'est davantage la psychologie des personnages et comment ils vont s'apprivoiser l'un l'autre, que l'action proprement dite.
La seconde partie est toute entière faite des flashbacks de Ki qui la ramènent à une période plus douloureuse de sa vie, au moins du point de vue psychologique. Elle se rappelle les moments où elle a perdu son mari Sven et ses deux enfants, tués par une harpie. Elle se rappelle son désir de vengeance et le besoin qu'elle a ressenti de décimer, à son tour, la famille de la harpie. Elle se rappelle enfin sa vie au sein de la famille de Sven. C'est probablement la partie la plus intéressante du roman. Il s'agit, à mon sens, d'une charge fine et intelligente, contre l'intolérance. La famille (la tribu) de Sven nous est d'abord présentée comme des gens, certes un peu obtus, mais néanmoins assez sympathiques et accueillant. Mais au fur et à mesure que Ki, et nous à ses côtés, apprend à les connaître, elle découvre à quel point ils peuvent, pour certains d'entre eux, se révéler campés sur leurs certitudes, aveuglés par leurs croyance, englués dans leurs traditions. Ils la traitent, elle, l'étrangère, celle qui ne partage pas leur foi, avec mépris, condescendance, voire haine. Tout ceci est amené lentement, inexorablement, comme si le voile qui recouvre la noirceur de leur âme s'effilochait petit à petit. Je ne me rappelle pas avoir lu si souvent des portraits aussi réussis de salauds bien-pensant.

Une autre des qualités de ce roman, et pas la moindre, est sa taille. Il "pèse" 285 pages et se suffit à lui-même. Chaque tome de la saga étant indépendant. Et en ces temps de surenchère du nombre de pages qu'est supposé avoir un roman de fantasy, c'est un vrai bonheur.
Au final, un excellent roman qu'il n'est certes pas indispensable d'avoir lu mais qui vaut largement quelques pavés indigestes dont nous sommes quotidiennement abreuvés.
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Janua Vera - Jean-Philippe Jaworski 
Par Arutha le 28/05/2009 à 09:34
Né du rêve d'un conquérant, le vieux royaume n'est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l'assassin trempe dans un complot dont il risque d'être la première victime, Ædan le chevalier défend l'honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…
Jean-Philippe Jaworski met une langue finement ciselée au service d'un univers de fantasy médiévale d'une richesse rare. Entre rêves vaporeux et froide réalité, un moment de lecture unique. Janua vera a été récompensé par le prix du Cafard Cosmique 2008.


Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! (soupir de ravissement). Quel bonheur !
Je sais bien que tout a déjà été dit sur ce recueil de nouvelles et bien mieux que je ne saurais le faire. Mais n'écoutant que mon courage, je vais tenter à mon tour de faire souffler vers vous le vent d'enthousiasme pauvre écho de l'ouragan de pur bonheur né en mon sein à la lecture de cet ouvrage magnifique.
Et là, je pèse mes mots.

Commençons par le commencement. Par les choses qui fâchent. Comme d'autres l'ont dit, la première nouvelle, Janua Vera, qui a donné son nom au recueil, éponyme donc comme disent les savants, est la plus faible du lot. Curieusement. Elle m'a fait penser aux pires pages de Moorcock quand celui-ci nous fait partager les états d'âme de ses héros fatigués et fatigants. On a le sentiment que Jaworski a décidé de faire un truc chiant et comme il a beaucoup de talent, il y est parvenu. Chapeau donc. Mais ce sera le seul vrai bémol de l'ensemble.

Ensuite, ce n'est que du bonheur. Tout, y compris la première nouvelle, est écrit dans une langue magnifique propre à donner le frisson aux amateurs de belles pages (et accessoirement des boutons aux autres). Ce recueil est un véritable exercice de style dans lequel chaque récit évoque des expressions, des tournures de phrase, une écriture propre à l'univers qui y est décrit.

Bien entendu, tout n'est pas exactement du même niveau. Un certain nombre de nouvelles ont ma préférence. Je pense notamment à :

Mauvaise donne,
Le service des dames,
Le conte de Suzelle,
Jour de guigne.

Mauvaise donne nous narre l'histoire d'un assassin dans une pseudo Venise de la renaissance confronté à une machination politique qui le dépasse. Elle est la plus longue et, par conséquent, la plus aboutie des nouvelles du recueil. Je ne suis pas autrement surpris qu'elle ait donné lieu à une sorte de suite avec Gagner la guerre (dont j'attends la sortie en poche avec impatience). Elle est sans conteste mon coup de coeur malgré son côté plus "classique" que les autres. Ou peut-être à cause de ça. On a en effet le sentiment d'être ici en terrain connu, familier.

Dans Le service des dames, nous suivons les aventures d'un chevalier noble de chez noble, que même à côté de lui Bayard fait figure de voyou. L'auteur aurait pu tomber dans deux écueils possibles. Soit faire une pale copie des oeuvres légendaires du genre en nous offrant un remake des aventures de Lancelot, Perceval ou Galaad, soit prendre le contre-pied total de ces grands héros en nous gratifiant d'une figure d'affreux. dans un cas comme dans l'autre, il risquait la caricature. Au lieu de cela, il a choisi de faire de son chevalier un homme qui place l'honneur au-delà de tout, mais jusqu'à l'absurde. Et là où une créature du 21ème siècle comme vous et moi se serait trouvé quitte, notre chevalier persiste à vouloir payer ses dettes d'honneur. Grandiose.

Le conte de Suzelle est l'histoire d'une paysanne comme on n'en voit jamais en fantasy, dans la mesure où elle et ses congénères sont insignifiants face à la grande Histoire. Le propos est, forcément, s'agissant d'un personnage d'une condition sociale plus que modeste, très ordinaire. L'extraordinaire est plutôt à chercher dans l'exceptionnelle qualité documentaire du récit ainsi que dans l'espèce d'elfe dont Suzelle attendra le retour toute sa vie.

Enfin, Jour de guigne nous narre les mésaventures d'un petit scribe sans envergure soudain confronté à une terrible malédiction. C'est du Pratchett tout craché. Et encore davantage que dans Pratchett, peut-être, l'absurde est savamment dosé pour ne pas devenir trop pesant. C'est très drôle, mais très fin et sans jamais nuire à l'intérêt de l'histoire.

Le reste, vous l'aurez compris, à un petit peu moins excité mon intérêt. Mais il n'en reste pas moins d'une qualité largement au-dessus de la moyenne. Il est juste, à mon sens, un cran au-dessous de mes favoris. Il s'agit de :

Une offrande très précieuse,
Un amour dévorant,
Le confident.

Le premier nous raconte l'histoire d'un guerrier hanté par de tragiques souvenirs et bientôt dégouté des tueries. C'est un peu trop "heroic-fantasy" à mon goût. Je vais finir par croire que ce genre n'est vraiment pas ma tasse de thé.
Le deuxième, lui, nous parle d'un village dont la forêt est hantée, la nuit, par de terribles revenants. Le traitement, genre enquête policière, afin de trouver l'identité des spectres est assez originale mais le tout s'est révélé assez peu accrocheur.
Le troisième, enfin, n'a de vrai intérêt que par sa chute et aurait sans doute gagné à être raccourci. On imagine ce qu'aurait pu en faire Fredric Brown, le maître de la short-short-story.

Autres critiques :
Hugin & Munin
Efelle
Nebal
Lesendar
Gromovar
Cédric Jeanneret


P.S. J'ai découvert avec stupéfaction et horreur aussi, que la nouvelle que j'ai commise et publiée dans mon blog relate des évènements très, très semblables à ceux de Jour de guigne. Or, je n'avais pas lu Janua Vera avant d'écrire mon texte. Il s'agit là d'une coïncidence fort troublante. Serais-je victime, à mon tour, du Syndrome du Palimpseste ?
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L'île de la bataille - Sean Russell 
Par Arutha le 20/05/2009 à 16:10
La guerre des cygnes II - Trilogie

Maintenant j'en suis sûr, Bob (à découvrir ici), n'est pas l'agent du seul Greg Keyes. J'ai bien peur qu'il soit aussi celui de Sean Russell. Parce que pour écrire en 600 pages ce qui aurait pu se dire en 60 et sans ellipse, il faut être solidement coaché. J'avais déjà évoqué lors de la critique du premier tome, Le royaume unique, le manque d'action de l'ouvrage. Mais j'ai peur que nous n'atteignions dans le suivant un sommet dans l'art de beaucoup parler sans faire avancer l'histoire. C'est bien simple, ça a tout du pari stupide. Je te parie que j'écris 600 pages sur une poignée d'évènements. De fait, 80 % de l'action (enfin, action ...) concerne 80 % des personnages qui se courent après tout le long du livre. Si encore ils progressaient. Je parle en termes géographique. Mais même pas. Ils errent tous dans une sorte de marécage, les Eaux stagnantes, qui n'existe même pas officiellement. Une sorte de monde parallèle. Censé être inconnu de la plupart des gens mais aussi fréquenté que les Champs Elysées un samedi soir d'été.
Parce que du monde il y en a. J'ai rarement vu, rassemblé dans un même lieu et dans le même temps, autant d'hommes d'arme pourvus d'une identité. Parce que des types capable d'utiliser avec plus ou moins de bonheur, qui une épée, qui un arc, qui un bâton, dotés d'un état civil : nom, nom du père, profession, etc., et qui plus est crédités d'un certain nombre de répliques, ce ne sont pas 2 que je vous en mets pour le prix, messieurs dames. Ce ne sont pas 3, ni même 4, ni même 5. Ce ne sont pas 9 comme dans la compagnie de l'anneau. Et encore, il y avait des hobbits pas guerriers du tout. Ce Tolkien, quel petit joueur. Non messieurs dames, pour le prix d'un livre de poche, ce n'est pas moins d'une bonne quinzaine de héros que je vous livre. Du jamais vu. Ou alors chez Homère. Il y a longtemps.
Le problème est d'ailleurs moins le nombre des personnages guerriers que leur redondance et leur densité au kilomètre carré. Beaucoup d'entre eux sont parfaitement interchangeables, en particulier un groupe de guerriers issus d'une autre époque et âgés de plusieurs siècles. Un seul d'entre eux aurait sans doute suffit pour endosser le costume de "légende vivante". Beaucoup de monde donc, pour une immense partie de cache-cache qui ne nous mène pas bien loin.
Cette vaine agitation est par ailleurs décrite, non sans une ironie bien involontaire (ou alors l'auteur se fout de nous) dans une réplique de l'un des personnages, à la toute fin du tome, qui sonne comme un aveu :
- Tout ce que nous avons enduré ... et nous n'avons rien accompli.

Pourtant, pour être tout à fait honnête, force m'est d'avouer que je ne me suis pas réellement ennuyé à la lecture. La raison en est sans doute au premier talent de Russell : sa capacité à nous raconter une histoire sans grand relief mais avec une grande force de conviction et d'évocation. Que ce soit dans le premier tome, sur la rivière, ou dans le second, dans les marécages (toujours dans l'eau) nous sommes littéralement plongés dans les univers décrits.
Il faut admettre également que les parties du récit se déroulant hors des "Eaux stagnantes" donnent une respiration salutaire à l'ensemble. Les faits décrits sont dignes d'intérêt et les personnages très attachants. On peut y lire notamment le récit de la cavale de deux fuyards, de deux personnages certes non essentiels, qui sent un peu le remplissage, mais qui apporte un souffle épique indéniable.

Au total, La guerre des cygnes reste une oeuvre singulière qui emprunte aux décors aquatiques dans lesquels elle se déroule, majesté et lenteur. A réserver, encore une fois, plutôt aux contemplatifs.
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Les menhirs de glace - Kim Stanley Robinson 
Par Arutha le 15/05/2009 à 15:04
Les progrès de la médecine ont donné à l'humanité une espérance de vie moyenne de six cents ans, qui sera sans doute bientôt prolongée jusqu'à mille. Mais la mémoire n'a pas suivi : n'y subsistent que les souvenirs les plus récents, ceux qui couvrent l'étendue d'une durée de vie jadis " normale ". Dans ces conditions, que devient l'histoire, lorsqu'elle est écrite par des gens qui l'ont à la fois vécue et oubliée ? C'est l'énigme que pose la découverte, sur Pluton, d'un mystérieux monument: un cercle de gigantesques blocs de glace. Scintillant dans la pale lueur du lointain soleil, " Icehenge " défie toutes les explications. Quel rapport cette construction entretient-elle avec la révolte qui, jadis, a enflammé les colonies martiennes ? Qui en est le constructeur et pourquoi l'histoire officielle n'en montre-telle nulle trace ?

Le titre, ainsi que la quatrième de couverture sont trompeurs, qui laissent entendre que ces menhirs tiennent une place véritablement considérable dans l'histoire, alors qu'ils ne sont que prétextes à aborder un certains nombre de sujets. Parmi ces derniers, on pourra noter : la mémoire (individuelle et collective), le mensonge, la manipulation, la privation de liberté, ...
Jacques Prévert a écrit : Quand la vérité n'est pas libre, la liberté n'est pas vraie. Et comme il est vrai que le premier souci d'un dictateur c'est de contrôler l'information. Et c'est beaucoup de ça qu'il est question dans ce roman.
L'ouvrage est divisé en trois récits, trois nouvelles en quelque sorte, qui pourrait presque être lues indépendamment si ce n'est que chacune fait écho à la précédente et que l'ensemble forme un tout cohérent. Chaque partie est rédigée à la première personne par trois personnages différents, à trois époques différentes.
Le premier témoignage est, incontestablement, celui contenant le plus d'action. Encore que, tout étant relatif, on ne parlera pas de rythme échevelé. Il y est question, entre autres, d'une mutinerie dans un vaisseau spatial, orchestré par de "gentils" rebelles, de doux dingues, presque inoffensifs.
La seconde partie traite du travail, rendu assez peu facile par la dictature en place, d'un archéologue qui découvre, sur un site récemment ouvert à la fouille, des éléments susceptibles de mettre à mal la vérité officielle.
La dernière partie, enfin, est racontée par l'arrière petit-fils du précédent. C'est ici que les fameux menhirs de glace prennent leur plus grande place. Là encore, par souci de découvrir la vérité, et quitte à démolir les thèses de son aïeul, un jeune curieux (la soixantaine) va tenter de démontrer que les explications du mystère sont autres.
Même s'il ne s'agit pas du roman du siècle, ce livre est agréable à lire. Il m'a en tous cas donné envie de me replonger dans la trilogie martienne, du même auteur et couronnée de prix et à laquelle je n'avais pas accroché.
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