Abettik
Anudar
ArcheoSF
Arutha
BiblioMan(u)
Blabla
Brize
Cédric Jeanneret
Chemins de Khatovar
Craklou
Efelle
Elessar
Génération sf
Giraud Larcher
Gizeus
Gromovar
Henri Bademoude
Impromptu
Ionah
Isil
lael
Les Peuples du Soleil
Les singes de l'espace
Les Vagabonds du Rêve
Lionel Davoust
Lorhkan
Maëlig
Murmures d'AC de Haenne
Nébal
Naufragés Volontaires
Palabres éclectiques
Papa Fredo
Quadrant Alpha
RSF Blog
Russkaya Fantastika
Sébastien Juillard
Shaya
Spocky
Thom
Tigger Lilly
Traqueur Stellaire
Valunivers
De Robert Charles Wilson
Folio - 98 pages
Je ne suis pas la plus grande fan de Robert Charles Wilson. Darwinia ne m'avait qu'à moitié convaincue. Julian m'est tombé des mains avant la page 70 (et il est rare que j'abandonne une lecture). Pourtant Robert Charles Wilson est classé par mes contemporains dans la catégorie Grand Écrivain (avec majuscules). Alors je cherche à comprendre. Comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas totalement avec moi (que ceux qui brûlent de me crier « tu n'as qu'à lire Spin et tu comprendras » s'épargnent cette peine, le roman est au programme de mes lectures). D'où un nouvel essai avec ce Folio à 2€ composé de deux nouvelles « YFL-500 » et « Le Mariage de la dryade », nouvelles extraites de Mystérium, paru en collection Lunes d'encre.
Dans « YFL-500 » nous nous attachons aux pas de Gordo Fisk, un artiste « transreprésentationnaliste » confronté à un problème : il ne rêve plus et perd ainsi sa principale source d'inspiration. La médecine se révèle impuissante à le faire rêver mais lui permet néanmoins de donner naissance à son oeuvre majeure YFL-500 grâce à la transreprésentation des donnée issues du rêve d'Iris Seawright, bohème excentrique. Fasciné par le rêve d'Iris, Gordo se met en tête de la rencontrer. La nouvelle n'est pas longue mais la psychologie du personnage de Gordo, qui navigue entre naïveté, et faiblesse personnelle en passant par le romantisme idéaliste, est assez développée pour le rendre très crédible. Si « YFL-500 » démarre bien, sa chute, même si elle ne manque pas d'ironie, n'est pas tout à fait à la hauteur.
Avec « Le Mariage de la dryade », second texte présenté ici, je commence (enfin !) à comprendre pourquoi Robert Charles Wilson est adulé par la majorité de ses lecteurs. Je pourrais multiplier les superlatifs pour qualifier cette nouvelle tant elle m'a happée, mais cela n'aurait pas beaucoup de sens. Et s'il y a un qualificatif à retenir je choisirai plutôt celui de « magique »... sans bien réussir à déterminer la source de cette magie d'ailleurs. Le décor y est pour quelque chose : Isis, planète colonisée récemment par l'homme au prix de nombreuses modifications génétiques, nécessaires pour survivre à son extrême toxicité, fascine et effraie en même temps. Le personnage de Chaia Martine, ressuscitée par la science après un accident qui a failli la tuer et surtout totalement larguée à la veille de son remariage avec Gary, est bouleversante d'humanité. Le texte ne cesse de monter en intensité et la fin, si elle clôt le récit, permet plusieurs interprétations et diverses cogitations. Elle dépasse aussi le simple enjeu personnel du personnage principal. C'est le plus grand atout de cette nouvelle : qu'un seul personnage cristallise les enjeux de tout un monde. Bluffant.
« Le Mariage de la dryade » se situe dans l'univers de Bios mais peut être lu indépendamment. Lu seul il donne bigrement envie de se plonger dans Bios.
Publié en 1888, Looking Backward fut rapidement traduit en français. Dès 1891, on trouve deux éditions françaises: l'une chez Dentu sous le titre Cent ans après ou l'an 2000 (dans la collection Les Maîtres du roman, traduction de Paul Rey avec une préface de Théodore Reinach), l'autre chez Guillaumin & Cie sous le titre Seul de son siècle : en l'an 2000 (avec une traduction et une discussion du Vicomte Gaëtan Combes de Lestrade). Aucune édition ne donne le même titre ce qui pourrait faire penser que l'oeuvre de Edward Bellamy est importante, il n'en est rien. On trouvera encore les titres En l'an 2000 ( édition Flammarion, 1893), C'était demain (publication en feuilleton in L'Oeuvre, 1920), Cent ans après (éditions du Burin, 1973) ou Le Futur antérieur (éditions L'Age d'homme, 2008).Looking Backward dresse le portrait d'une société idéale du xxe siècle dans laquelle Julian West, un jeune Bostonien aisé contemporain de l'auteur, se trouve mystérieusement projeté, passant d'un monde d'injustices et de pauvreté noire à une société où règne l'harmonie, la justice et la prospérité. Sous l'aimable férule du Dr Leete, de sa femme et bien sûr de sa fille Édith, il découvre ce nouveau monde, ne manquant pas de faire de tristes comparaisons avec son époque d'origine. Pour la petite histoire, il est à noter que l'une des inventions majeures de cette société future idéale est la carte de crédit, crédit accordé par la communauté industrielle ! Le thème de la méritocratie est très présent dans cette société du futur, en prenant la traduction de Paul Rey on retrouve quarante-neuf fois les mots ; mérite, récompense, habileté et talent.C'est aussi une œuvre de vulgarisation des concepts d'économie politique, en vigueur à son époque au xixe siècle, il tente de faire comprendre les rouages des systèmes, comme l'importance du numéraire, l'imparfaite diffusion des biens ou des services, la capitalisation à un pourcentage faible de la communauté.Un second roman utopique, "Equality", publié in 1897, donne une suite à l'aventure de Julian West. Ce livre connut moins de succès que le précédent. Mais la "parabole du réservoir d'eau", qui en est extrait, fut largement diffusé dans les milieux socialistes et anarchistes.Cette vision utopique de la société future est à mettre sans conteste en opposition avec celle, dystopique et pessimiste, de son contemporain et compatriote Jack London comme dans Le Talon de fer.
C'est la saison des prix, et il y a un peu moins de deux semaines s'est tenu la 23e InterpressCon, à Saint-Pétersbourg. Celle-ci fut l'occasion de la remise du prix homonyme, mais aussi de l'Escargot de Bronze, décerné par Boris Strougatski, du prix Polden' 2012, décerné par la revue Polden' XXI vek (Midi, 21e siècle), et du prix Beliaev. En voici les principaux résultats.
Prix InterpressCon :
Meilleur roman : Ioulia Zonis, L'Inquisiteur et la nymphe (Инквизитор и нимфа, Ast, 2011)
Meilleure novella (povest') : Sviatoslav Loguinov, L'Or de Medyn (Медынское золото, dans le recueil Ось мира - Медынское золото, L'Axe du monde – L'Or de Medyn, Eksmo, 2011)
Meilleure nouvelle : Ioulia Zonis et Ina Goldin, Ignis fatuus (Polden' XXI vek, novembre 2011)
Micro-nouvelle : Leonid Kaganov, Lettre du bonheur (Письмо счастья, Parallel n°1, 2012)
Parallel est une toute nouvelle revue, qui, pour son premier numéro, a fait le choix de publier un grand nombre de micro-nouvelles d'une ou deux pages, dont beaucoup de Marina et Sergueï Diatchenko. Souhaitons-lui bonne chance !
Premier roman : Anna et Oleg Semirol, Demi-pas vers le ciel (Полшага до неба, Ast, 2011)
Beaucoup de fantasy pour ce palmarès, si l'on excepte la nouvelle de Ioulia Zonis et Ina Goldin ainsi que la blague de Leonid Kaganov...
Prix Escargot de Bronze
Meilleur roman : Zakhar Prilepine, Singe noir (Черная обезьяна, Ast, 2011).
Cette fois-ci, Boris Strougatski a donc choisi de récompenser un thriller d'un auteur déjà traduit en France pour ses romans réalistes. Un choix qui ne doit pas surprendre tant Boris est de plus enclin à s'inquiéter de notre monde plutôt que des espaces lointains.
Meilleure novella : Andreï Ismaïlov, Le Jeu de la boîte (Игра в ящик, Polden' XXI vek, juillet 2011)
Prix Polden' 2012 :
Prose : Alexandre Jytynski, Sables mouvants (Плывун, Gelikon Plus, 2011).

OGAWA (Yôko), Les Lectures des otages, [Hitojichi no Rôdokukai], traduit du japonais par Martin Vergne, Arles, Actes Sud – Leméac, [2011] 2012, 189 p.
C'est à l'occasion de la parution l'an dernier de Manuscrit zéro que je me suis remis à lire Yôko Ogawa. J'y avais retrouvé cette petite musique, aussi familière que déconcertante, qui fait tout le charme de ses écrits (en tout cas des plus réussis). Croisant au hasard d'une librairie mal fâmée ce nouvel opus qu'est Les Lectures des otages, je me suis laissé séduire sans trop de difficultés, intrigué par la quatrième de couverture.
Il s'agit en effet d'un recueil de nouvelles, mais entrelacées dans un canevas plus général. Huit touristes japonais sont pris en otages dans un pays indéterminé. L'événement suscite un temps une forte attention de la part des médias, puis on en vient à oublier cette histoire. Jusqu'à son dénouement tragique : l'intervention des forces spéciales antiterroristes se solde par la mort des huit otages.
Mais on dispose d'un document très particulier les concernant : des enregistrements de « lectures » effectuées par chacun des otages, dans une langue que les auditeurs extérieurs ne comprennent pas. Plus tard, ces lectures seront diffusées. Il s'agit à chaque fois d'un souvenir particulier, parfois fort lointain.
Il faut, j'imagine, garder cette situation bien précise en tête pour goûter pleinement les huit – non, neuf – récits composant Les Lectures des otages ; garder en tête que ces témoignages très personnels émanent de gens qui sont morts dans des circonstances atroces.
Mais voilà : cette fois, ça ne fonctionne pas. On est bien loin, avec Les Lectures des otages, du brio de l'excellent Tristes Revanches, ou même de Manuscrit zéro. Et on a un peu la triste impression d'un auteur qui s'auto-parodie... Tout ce qui figure dans ce recueil, en effet, évoque des réminiscences de textes plus anciens de Yôko Ogawa. Un exemple flagrant : combien de fois nous a-t-elle fait le coup de « La Salle de propos informels B » ? Au début, on pouvait très légitimement s'en régaler ; mais cette fois, ça ne passe plus.
Et il en va ainsi de toutes les autres « lectures », fades et ennuyeuses, qui donnent l'impression d'un auteur en petite forme, qui n'est plus que l'ombre d'elle-même...
Inutile par conséquent de trop s'étendre sur la question : Les Lectures des otages, en dépit de son canevas intriguant, est un triste ratage, qui ne saurait satisfaire les amateurs de Yôko Ogawa.
Partager l'article ! "Les Lectures des otages", de Yôko Ogawa: OGAWA (Yôko), Les Lectures des otages, [Hitojichi no Rô ...
La dernière pierre à l'édifice "De cape et de Crocs" vient d'être posée... Si De la lune à la terre n'est pas le tome le plus ébouriffant de la série, il reste une conclusion très agréable et me donne l'occasion de revenir sur la totalité de la série.
Venise au XVIIe siècle, deux compagnons d'errance le renard français Armand Raynal de Maupertuis et le loup hidalgo Don Lope de Villalobos y Sangrin trainent leur ennui ainsi que leur exil (pour duel). Leur rencontre avec l'avare Cénile fera basculer leur destin, le fils de ce dernier serait retenu captif sur une galère turque contre rançon... Attiré par l'aventure les deux compagnons se lancent à l'assaut du navire, malheureusement il ne s'agit d'une galère mais d'une chébèque.
A défaut de délivrer un captif absent, ils mettront la main sur une carte au trésor... Propriété du Janissaire Kader, lui même en quête de la Pierre de Lune indispensable dans la recherche des Iles Tangerines où se situe ce trésor.
Les deux compagnons tenteront eux aussi de se mettre en quête du trésor, mais malheureusement pour eux tenteront de s'associer à l'avide Cénile. Après de nombreux rebondissements, Kader, Armand, Don Lope, le fils de Sénile et son serviteur, l'étrange Sénélé pupille de Sénile, Hermine une bohémienne entichée de Don Lope, des pirates sympathiques, l'inquiétant chevalier de Malte Mendoza, le lapin Eusèbe ex garde du cardinal et ex galérien, se retrouveront en mer pour des aventures tumultueuses, pleine de rebondissements.
Tout ce petit monde arrivera finalement aux îles Tangerines en ordre dispersé pour y être confronté à l'auteur de la carte au trésor. L'occasion d'agrandir encore la galerie de personnage des sages sauvages, aux nobles lunatiques en passant par le savant presque fou.
Les aventures prendront alors un ton plus débridé multipliant les références (déjà bien présentes dans la première partie de la série) à la littérature du XVIIe pour porter l'action jusque sur la lune... enfin une vision de la lune très dépaysante.
De Capes et de Crocs est une série menée de main de maître, l'introduction de personnages animaliers parmi les humains n'étant pas gratuite mais l'occasion de nombreuses scènes ou répliques comiques. Si Armand et Don Lope se taille la part du lion dans la narration, les personnages secondaires ne sont pas négligés. D'Eusèbe qui apparait toujours dans les cases ou les situations les plus inattendues à l'explosive Hermine rarement à court de ressources...
Du côté des bads guys, Mendoza est sans doute le plus efficace, même si Cénile, Jean sans Lune ou Mademoiselle sa soeur, redoutable intrigante et bretteur ont leur moment de gloire.
Bien que très référencée (au delà du seul XVIIe siècle d'ailleurs), la série réussit à rester accessible, amusante et rythmée (la trame principale s'entremêlant avec nombres d'intrigues secondaires). Une lecture hautement recommandée, tant elle procure d'excellent moment. Un incontournable, tout simplement.

Bademoude a mauvais goût et ne comprend rien (sauf exceptions compréhensible ou non) à la beauté du mauvais genre fantasique. Cette tentative de lecture d’un classique incontournable en est un nouvel exemple.
Parti avec un a priori favorable (que des recensions enthousiastes partout sur la toile), ma lecture démarrait bien. L’idée de base est subtile et originale : des êtres légendaires peuvent se matérialiser à partir de l’inconscient collectif dans certains lieux inviolés comme une forêt primale jamais domestiquée. Le narrateur d’abord incrédule finit par suivre les traces de son père puis de son frère dans cette forêt très bizarre à côté de leur maison.
Mais après ça se gâte, à mon humble avis. Voilà t-y pas qu’apparaît une mi-sauvageonne mi-déesse mythique, qui pue mais qui excite les sens de ce puceau. Et c’est la même dont son père puis son frère était déjà tombés raide dingues. Et cette mythago n’est pas de chair et de sang mais de bois et de pierre. Au fond, parce qu’elle est baisable quand même, hein. Et puis son frère transformé en guerrier sauvage veut la reprendre en le zigouillant lui et son pote. Ou presque, parce que, en fait, pas. Mais qui est donc cette dame au nom impossible ?
Sans doute est-ce là où je coince le plus. L’inconscient collectif en question est anglais, ou celte ou whatever, en tout cas je ne comprends rien aux références qui ne font pas partie de ma culture (à part Robin des bois). Il y a aussi des trucs bizarres pour la Grenouille de base comme par exemple l’extraordinarité (oui j’invente, j’ai le droit, c’est mon blog) des sangliers, bestiaux qui pullulent dans les nôtres, de forêts.
Sachant que ce roman est le premier d’une série de cinq ou six, que dès la moitié du premier je décroche, je suis obligé de constater que cet incontournable, et bien, je vais le contourner. Avec mes plus plates pour le microcosme qui va m’honnissant chaque jour un peu plus mais qu’importe, la vie est courte, surtout quand on vieillit et que la lecture ne peut être que plaisir sinon c’n’est même pas la peine.
Inutile de préciser que Robert a oublié qu’il était anglois et que les Brittons sont réputés pour leur humour, un ingrédient indispensable à la vie et donc à la lecture aussi, toujours à mon humble…
Et oui, ça y est ! Glénat se lance aussi dans le support montant de la bande dessinée : le comics. Et pour se faire une place et ne pas rater le coche, ils font appelle à des maîtres du genre comme Warren Ellis (Transmetropolitan, Planetary, Freak Angels…) et Robert Kirkman (Walking Dead, Invincible, Brit…). C’est de ce dernier dont je vais parler et surtout de sa série Wolf-Man qui est pour moi une nouveauté de ce mois d’avril à ne pas rater….
Gary Hampton est un homme d’affaire respecté et un père de famille aimant. Un jour qu’il est en vacances en camping, il est laissé pour mort, déchiqueté par une bête. Une fois à l’hôpital il découvre qu’il peut se transformer en loup-garou. Il décide alors de mettre ses pouvoirs au service de la justice. Aidé de son mentor vampire, Zechariah, il va apprendre à utiliser ses capacités pour lutter contre les super-vilains comme Eruption, Construct ou Thrill-Kill. Mais, à ces dépends, il va découvrir que ses dons sont en fait une malédiction et que la trahison entraine presque toujours la vengeance….
Contrairement à la dernière parution de Kirkman chez Delcourt, Super Patriot, qui m’a paru des plus ennuyeux, Wolf-Man a un côté tragique inattendu et très appréciable. La comparaison avec une de ses autres très bonne séries, Invincible, est facile puisqu’elles se déroulent dans le même monde. On retrouve d’ailleurs le héros, Mark Grayson, dans le tome 2 de Wolf-Man pour une rencontre entre les deux persos assez mouvementée. Le personnage de Gary Hampton est attachant et surprenant, sous sa forme humaine il dégage un calme, une innocence et une faiblesse presque touchant alors qu’entant que loup-garou il transpire une férocité et une puissance démentielles accentuées par les dessins en gros plan de Jason Howard.
Cette série me paraît un bon investissement pour surfer sur la gigantesque vague de comics qui arrivent dans les rayonnages BD. Prévue en 4 tomes vous pouvez déjà vous jetez sur les deux premiers, parus en même temps (le 18 avril), ainsi que sur le troisième qui paraitra le 30 mai prochain. Il ne vous restera plus qu’à patienter 2 mois pour avoir le fin mot de l’histoire (le 4 juillet). Bonne lecture et attention à la pleine lune. Ahouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu!!!!
Fiche technique : Wolf-man ; Scénariste : Robert Kirkman ; Dessinateur : Jason Howard ; Ed. Glénat ; Prix : 14€95/tome
Ludo

LE GUIN (Ursula), La Vallée de l'éternel retour, [Always Coming Home], traduit de l'américain par Isabelle Reinharez, illustrations de Margaret Chodos-Irvine, Saint Laurent d'Oingt, Actes Sud – Mnémos, coll. Ourobores, [1985, 1994] 2012, 545 p.
Les plus assidus et perspicaces d'entre vous l'auront peut-être remarqué, mais j'adoooOOOooore Ursula Le Guin. Elle fait très clairement partie à mes yeux des très grands auteurs de science-fiction et de fantasy, et je me rue sur chacun de ses livres ou presque. Aussi, vous pensez bien que j'ai sauté au plafond quand j'ai appris que Mnémos allait rééditer La Vallée de l'éternel retour, en son temps publié par Actes Sud, dans la très belle collection Ourobores (dont j'avais adoré le précédent titre, Kadath).
Mais une précision s'impose d'emblée : La Vallée de l'éternel retour, c'est du Le Guin hardcore ; de la bonne, mais de la pure ; aussi ce livre ne saurait-il séduire qu'un public limité, qui ne serait pas rebuté par le principe même mis en œuvre par Ursula Le Guin.
On sait que l'auteur, fille d'ethnologue, a souvent – toujours ? – mêlé des éléments d'ethnologie à ses œuvres. C'est souvent une bonne part de ce qui en fait l'intérêt. Dans certains cas, cette prédilection peut se révéler discrète ; dans d'autres – et là je pense notamment au très bon recueil L'Anniversaire du monde –, l'ethnologie est au cœur du projet. Mais cela n'a jamais été aussi vrai que pour La Vallée de l'éternel retour, ouvrage étrange pour lequel le qualificatif de « roman » peut paraître douteux. Désireuse en effet de se livrer à une « archéologie du futur », l'auteur nous livre ici un volume presque intégralement dénué de narration, qui se présente sous la forme d'un ouvrage scientifique, assez velu. Disons que si l'on ne va pas jusqu'à une ethnologie très universitaire, ça s'en rapproche quand même, et le contenu est plus abstrait que dans, disons, un volume de la fameuse collection « Terre humaine ».
La Vallée de l'éternel retour se présente donc sous la forme d'une somme de documents ethnographiques sur le peuple kesh, vivant dans la vallée du Na, dans une Californie séparée du continent. Tout ceci provenant d'un futur indéterminé, mais qu'on supposera lointain, et probablement après une catastrophe tout aussi indéterminée (mais on a quelques indices ici ou là). Nous découvrirons donc les Kesh à travers ces documents très variés : des poèmes, chansons, danses, pièces de théâtre, écrits romanesques ou biographiques, etc. Il n'y a véritablement de narration soutenue que dans le long témoignage de Roche qui raconte (en trois parties), et dans une moindre mesure dans l'autobiographie de Pic Doré de la Serpentine de Telina-na. Pour le reste, qui forme une masse non négligeable, le lecteur se retrouve confronté directement aux documents ou à l'analyse des us et coutumes des Kesh.
Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les Kesh ! De la naissance à la mort, toutes leurs cérémonies, tous leurs usages, seront présentés et analysés. Et c'est une société fascinante que nous décrit l'auteur : une civilisation qui adopte bien des traits qu'on ne confère usuellement qu'aux sociétés dites « primitives », sans être pour autant si « primitive » que ça ; les Kesh connaissent les fusils, l'électricité, et même les réseaux informatiques avec l'Échange. Mais ils sont aux antipodes des sociétés dites « développées » actuelles, et témoignent à maints égards d'une sorte de désir utopique (un peu hippie) (die, hippie, die !), anarchiste (j'ai inévitablement songé à La Société contre l'État de Pierre Clastres, et plus encore aux Nuer d'E.E. Evans-Pritchard), libertaire, égalitaire, matrilinéaire et matrilocale, et tendant au retour à la terre.
Mais le danger rôde : aux portes de la vallée, il y a la menace de la théocratie militariste du Condor. Pourtant, Ursula Le Guin nous présente un monde dans lequel l'impérialisme et les inégalités ne sauraient perdurer face à la vie paisible et simple des Kesh et autres peuples pacifiques de ce temps-là. Utopie ? Peut-être, oui ; sans doute, même ; mais ça n'en est pas moins fascinant et pertinent.
Ne nous voilons cependant pas la face : en dehors du récit de Roche qui raconte, La Vallée de l'éternel retour est d'un abord quelque peu ardu. Le lecteur non familier de quelques notions générales d'ethnologie peut à bon droit se retrouver largué. Au-delà, et cela vaut pour tous les lecteurs, il y a le risque de buter sur des documents qui peuvent parfois laisser perplexe (je pense ici notamment aux très nombreux poèmes et chants compilés dans le recueil, mais bon, il est vrai que la polésie et moi...). La Vallée de l'éternel retourest un ouvrage parfois assez difficile. On ne le conseillera certainement pas pour découvrir l'auteur ; quant à ceux qui ne goûtent guère Le Guin dans ses romans et nouvelles plus « traditionnels », ils ne seront pas davantage convaincus par ce concentré parfois un peu aride...
Mais pour les autres, il y a tout un monde à découvrir (ce qui justifie la publication en Ourobores). Une sorte de monde idéal, militant même, mais tout à fait saisissant, et qui n'attend qu'un mouvement pour être arpenté avec délice. Un régal, donc, pour le Nébal. Et peut-être pour vous aussi ?
Partager l'article ! "La Vallée de l'éternel retour", d'Ursula Le Guin: LE GUIN (Ursula), La Vallée de l'éternel reto ...