
-N'as-tu jamais considéré l'idée de Christ ? lui demanda-t-il, changeant d'armure. Ce qu'elle signifie pour les chrétiens ?
- L'idée de tracteur a tout autant de sens pour un marxiste, répondit-elle.
- Mais qu'est-ce qui vint d'abord ? L'idée ou la réalité de Christ ?"
Karl Glogauer est fasciné depuis sa plus tendre enfance par l'idée du Christ. Au fil des années, sa personnalité se forme autour d'un assortiment de névroses et de quelques traumatismes en rapport avec la religion. Psychiatre raté, fasciné par Jung, il intègre un cercle d'illuminé. Parmi ceux ci se trouvent un physicien qui travaillant sur le temps. Le scientifique s'étant enticher de Glogauer, il lui fait part de ses travaux ainsi qu'une démonstration...
Il n'y avait pour ainsi dire aucun doute qu'il fût dans le passé, et que l'époque fût comprise dans le règne de Tibère, à moins que l'homme auquel il parlait fût ignorant au point d'ignorer qui était Tibère.
Mais avait-il raté la crucifixion ? Etait-il arrivé aux mauvais moment ?
Motivé par des circonstances qui ne seront révélées que tardivement, Glogauer se prête au premier test de voyage dans le temps sur un humain, bien décidé à rencontrer le Christ ou au moins d'assister à la crucifixion...
Tout était mort. Les moteurs ne répondaient pas, et même s'il en ôtait les revêtements, il faudrait un ingénieur pour les réparer. Aucun instrument n'était en état de marche. La machine temporelle était morte. A moins qu'Headington ne construise une autre machine pour l'expédier à sa recherche, il était échoué à cette époque pour de bon.
La révélation fut un choc pour lui.
Il ne reverrait sans doute pas le XXe siècle, il ne pourrait rapporter ce dont il avait été le témoin ici. Des larmes lui vinrent aux yeux et il chancela en sortant de la machine, poussant Jean de côté.
Quelque peu désorienté et manipulé par Jean le Baptiste, Glogauer fuit dans le désert avant de se mettre en quête de Jésus dont personne ne semble avoir entendu parlé.
J'avais déjà lu la nouvelle de Michael Moorcock sur ce thème dans son Grand livre d'Or de la SF chez Pocket (ce qui ne me rajeunit pas) mais force de constater que ce court roman est beaucoup plus aboutit tant dans les névroses de Karl que dans la construction de l'intrigue dans l'antiquité. Le dénouement est beaucoup plus fort et poignant que dans la nouvelle éponyme, un excellent récit qui tranche énormément avec ses écrits en fantasy.
L'avis de Nébal

- ... sans coercition, incitation ni promesse d'aucune sorte et après avoir été pleinement averti et éclairé quant aux conséquences de mon serment, je déclare m'engager ce jour au Service de la Fédération Terrienne pour un temps qui ne saurait être inférieur à deux années et qui peut être prolongé au gré des nécessités du Service...
Là, j'ai légèrement tiqué. J'avais toujours considéré que la durée d'engagement était de deux années, sans doute parce qu'il en était ainsi dans l'idée de tous les civils. En fait, nous étions en train de nous engager pour la vie.
Juan Rico est un jeune homme plein d'avenir, du fait de la richesse de ses parents son avenir est tout traçé : université pour intégrer l'entreprise de papa pour prendre, à terme, la relève. Tant pour l'appel de l'aventure et du voyage que par l'influence de ces amis, Johnny décide de s'engager pour le service fédéral qui lui octroiera à sa sortie la pleine citoyenneté... Moins brillant que ces camarades, il est affecté à l'infanterie mobile, des marines équipés d'exosquelettes surarmés...
Pendant sa formation, le conflit latent avec les Punaises éclatent... La carrière de Juan ne fait que commencer.
Bien que le roman démarre par un flashback en pleine action, ce récit initiatique se concentre sur la formation de Juan et la philosophie sous-jacente à ce régime militariste non autoritaire. La citoyenneté n'est en effet accordé qu'aux anciens soldats partant du principe que les seuls acteurs valables du régime sont ceux qui ont eu le courage et la volonté de se dresser pour le défendre. Les civils ne sont pas pour autant sous le joug d'une dictature, seul la justice est expéditive le fouet pour les délits, la corde pour les crimes.
L'armée imaginée par Heinlein est à la fois une utopie et une critique des armées du XXeme siècle, on en recrute que sur la base du volontariat, après un tri impitoyable sur le volet, les démissionnaires sont instantanément rayé des cadres et renvoyés dans leur foyer. Dans ces conditions, la formation est impitoyable, seul 20 % des recrues sont retenues au terme d'une formation où les accidents mortels sont possibles.
Ted avait commis la faute à ne pas commettre. Et c'était vraiment une faute. Nous détestions tous le Régiment (qui l'aimait, au fait ?) mais Ted avait vraiment essayé de toutes ses forces de gagner sa franchise de citoyen. Il avait l'attention de se lancer dans la politique dès son retour à la vie civile. Il nous disait toujours :"Vous verrez... il va y avoir du changement."
Maintenant, il n'avait plus aucune chance de se retrouver jamais derrière un bureau. Mais si cela lui était arrivé à lui, il pouvait en être de même pour moi. Moi aussi je pouvais craquer. Demain, dans une semaine... Et je n'aurais pas le droit de donner ma démission. Et je recevrais autant de coups de fouet que Ted.
Passé ce cap, la survie des soldats devient la principale motivation des officiers, on ne sacrifie personne volontairement, on ne laisse personne derrière dans la mesure du possible... Dans ce régime, nombre de généraux français ayant officié entre 1914 et 1918 aurait été pendu.
Heinlein explore son hypothèse à l'extrême, imaginant une société disciplinée (en opposition au laxisme de l'éducation du XXeme siècle) et une armée totalement utopique. L'argumentation n'exclue toutefois pas une société libérale (au sein US du terme). Le récit fait la part belle à la formation et l'éducation de Juan, individu somme toute assez moyen auquel il est facile de s'attacher. Les scènes d'actions sont rares, pas plus de deux sauf erreur, mais prenantes.
Rien de ce qui a de la valeur n'est gratuit. Même le souffle de la vie, nous ne l'obtenons à notre naissance que par la souffrance et un sursaut d'effort.
Ce court roman d'Heinlein remplit parfaitement son rôle, après un démarrage au coeur de l'action, l'idéologie explorée l'auteur est lancée violemment à la face du lecteur. Développée et nuancée ensuite, elle ne laisse pas indifférent et remplit son rôle épidermique, à savoir la critique des systèmes politiques actuels. Plus que le panégyrique d'un système disciplinaire et militariste (le point de vue est trop utopique et critique des armées passées pour être crédible), j'y ai vu une critique des failles de nos systèmes politiques. Un roman coup de poing qui ne laisse pas indifférent.
Sur la lancée, j'ai revu le film de Verhoeven, joyeusement subversif et second degré, l'armée utopique ayant disparue au bénéfice d'une critique acerbe des dérives sécuritaires, puis relu l'excellente chronique de Nébal sur le Cafard Cosmique.

Le téléphone a sonné un après-midi du mois d'août, alors que ma soeur Gracie et moi étions sur la véranda en train d'éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s'était mis à manger du métal.
Peut-être devrais-je m'exprimer de manière un peu plus claire. Quand je dis que Gracie et moi épluchions le maïs doux, ce que je veux dire, en fait, c'est que Gracie épluchait le maïs doux tandis que moi, de mon côté, je schématisais dans l'un de mes petits carnets bleus les différentes étapes de cet épluchage.
Tecumseh Sansonnet Spivet est un gamin de 12 ans vivant dans un ranch, à Divide, Montana. Fils ainé du couple improbable composé par son père rancher et sa mère scientifique, c'est aussi un génie précoce en matière de science et plus précisément dans l'élaboration de schéma technique ou de cartes. Le Docteur Yorn, un ami de sa mère, l'accompagne dans ses oeuvres et lui permet d'être publié dans diverses revues scientifiques. A son insu, le docteur l'a même inscrit au prestigieux concours du Smithsonian à Washington....
Je faisais des croquis très détaillés de toutes ces activités depuis que j'avais huit ans, âge auquel mes facultés cognitives et mon intelligence avaient commencé à s'épanouir, juste assez pour m'accorder le recul nécessaire au travail du cartographe. Je ne prétends pas que mon esprit était entièrement développé : j'aurais été le premier à reconnaître que je restais un enfant à bien des égards. Pour tout dire, il m'arrivait encore de faire pipi au lit, et je conservais une peur panique du porridge. Mais j'étais fermement convaincu que la cartographie avait gommé beaucoup de mes croyances enfantines. Quelque chose, dans le fait de mesurer la distance entre l'ici et l'ailleurs, dissipait le mystère de ce qui se trouvait entre les deux, mystère parfois terrifiant pour moi qui, comme la plupart des enfants, manquais de connaissance empiriques. Comme la plupart des enfants, je n'étais jamais allé ailleurs. J'étais à peine arrivé ici.
Pour sa plus grande surprise, il remporte le concours. Les responsables de ce dernier le contacte directement court circuitant le Docteur Yorn. Si le premier réflexe de T.S. est de décliner l'invitation, sans pour autant lever le quiproquo concernant son âge, un petit incident avec son père va déclencher une mutation profonde.
Quelque chose, dans la façon dont mon père avait poussé ce serpent du bout du pied, dont il n'avait vu que lui à cet instant et l'avait complètement oublié l'instant d'après, me troublait profondément. Sitôt la crise évitée, il en était revenu à son souci initial : la remise en eau des fossés, et cela avec une assurance qui signifiait, en substance : Il n'y a pas de miracles sur cette Terre.
Je n'étais pas né pour vivre ici. Je le savais depuis longtemps, sans doute, mais le geste de mon père avait cristallisé cette vérité. Je n'étais pas une créature de l'Ouest.
J'allais me rendre à Washington. J'étais cartographe, scientifique, et on avait besoin de moi là-bas. Le Dr Clair elle aussi était scientifique, mais je ne sais trop pourquoi, le ranch lui convenait aussi bien qu'à mon père. Ces deux-là étaient à leur place ici, ensemble, à se tourner autour sur les pentes infinies du divide.
T.S. fugue alors et compte bien couvrir les quatre milles kilomètres qui le sépare de Washington, il prend d'ailleurs rapidement ses aises en arrêtant avec astuce un train de marchandises. Commence alors un petit road movie émaillé de rencontres étonnantes, des digressions incessantes de T.S. et de la lecture d'un carnet, emprunté dans le bureau de sa mère, narrant la vie d'une lointaine aïeule de son père, une des premières géologues du XIXeme siècle.
Le texte est abondamment illustré, en marge de dessins et schémas, donnant corps aux multiples digressions. T.S. se révèle un gamin attachant autant passionné par la cartographie que les Mac Donald. Le récit est très vivant et on s'attache rapidement à cet enfant, hanté par un énorme sentiment de culpabilité, présenté par petites touches au fil des pages. Le voyage prend finalement moins de temps que prévu mais est riche en rencontres surprenantes, par forcément aimables.
Un très beau texte, qui s'il est assez classique dans son thème de la fugue, est narré de manière originale et foisonne d'autres problématiques. En sus des problèmes du gamin, on trouvera ainsi un historique sur la place des femmes dans la communauté scientifique, la théorie de l'évolution, la mécanique quantique, des trous de vers, le côté pontifiant des représentants des institutions prestigieuses, un prophète dément, un flic pas bien malin, une société secrète...
L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet ne relève pas réellement de la littérature de genre mais l'omniprésence de la science sous toutes ses formes, même les plus improbables, ne peut que séduite l'amateur de SF. Un excellent roman que je recommande chaudement, un des moments les plus marquants de cette année.