J’ai immédiatement répondu un oui de principe à la proposition de Biblioman(u) d’écrire ici, à l’occasion, quand le cœur m’en dirait. J’y avais pensé de mon côté. Puis, je crains de le dire, j’ai un peu dit non. Je lis beaucoup, ce qui ne signifie pas grand chose quant à la capacité de mes lectures. Particulièrement s’agissant de SF : je suis un dévoreur de mondes. Je crois sincèrement qu’alors je lis pour oublier. Un roman de SF est une branche d’où ululer dans mon coin à la lune. Je ne suis pas un lecteur éclairé de SF, je suis une sorte de taupe, j’y creuse mes obscurités. Entendons-nous : rien de plus facile que l’obscurité ; c’est la lumière qui est complexe. Je lis comme un ogre, un rien me guide vers mes cavernes aveugles – devine et songe. Ce qui à mes yeux me disqualifie complètement en tant qu’exégète. Je ne compte plus les chiteries que j’ai lues, soyons franc, aussi. Il me paraitrait fort peu élégant de commenter ces mésamours passagères ; on se trompe souvent quand on n’aime pas inconditionnellement. J’avais d’abord dit oui puis j’avais reculé. Ce n’est pas rare dans mon cas. Le ventre plus gros que les yeux. Je préférais me taire. J’avais connu certains petits mondo paradisio tout au long de l’été mais j’avais manqué de coup de foudre. On ne le dit pas assez : il arrive souvent que le plus gros travail soit celui du lecteur… Difficile toutefois de résister n’est-ce pas à un super héraut. D’autant qu’il est patient, attentif et toujours prêt à vous faire découvrir un nouveau livre, c’est-à-dire vous-même, cet autre ; sa sélection se fait de plus en plus serrée, il a ajusté ses antennes, il vous empathe pour finir tout entier ; à la fin de l’envoi il touche.

Quatrième de Couverture
On peut se demander, après ce survol d'une partie de l'œuvre de Greg Egan si, non content de ne pas être un romantique, il n'est pas aussi un pessimiste forcené. Y a-t-il quelque chose à attendre d'un monde d'égoïstes dont on ne peut être sûr q'ils auront assez de jugement moral pour inventer l'humanité sans s'auto-détruire et sans devenir des monstres ? En d'autres termes, si votre père, ou votre voisin, se révèle être Adolf Hitler et qu'il n'y a pas de chevalier armé d'un sabre laser pour le rameber du bon côté de la Fore, qui sauve l'humanité de sa tendance à l'aveuglement et à l'auto-destruction ?
Dans « La caresse, le policier kidnappé par Lindhquist, le créateur de tableaux vivants, n'a d'autre justification pour l'exercice de son léter que son sens inné de la justice. Harold, le sienifique de « La Cuve », est amoureux. D'un amour non partagé et qui empoisonne ses jours au point qu'il voudrait, à défaut de le comprendre, s'en débarrasser — être libre. Mais « quelque chose dans son génome, ou dans son passé a décaré que cela ne devait pas être. Ou peut-être que le dé quantique a été lancé en sa faveur. Pour cette fois. » Il ne commet pas le crime. De façon inexplicable et irrationnelle, parce qu'il se trouve doté d'un certain sens de la morale et de la justice… mais il aurait pu en être autrement.
La solution se trouve peut-être dans L'Énigme de l'univers, où Andrew North se rend sur une île corallienne artificielle située en plein Pacifique… un territoire créé par un groupe de bioingénieurs anarchistes. Non pas que Greg Egan exprime ouvertement sa sympathie pour les anarchistes… mais c'est le seul système politique qu'il ait jamais pris la peine de décrire un peu en détail. Et quand les problèmes ne peuvent pas être résolus par des héros dans la dimension mythique; il faut bien qu'ils le soient par des humains dans la dimension politique. À moins que ne s'opère, toujours comme dans L'Énigme de l'uinvers, une transformation de l'univers au niveau mathématique, physique et métaphysique. Un aspect de l'œuvre de Greg Egan qui mériterait un article à lui tout seul.
En attendant, il ne nous reste plus qu'à recommander au lecteur de lire ses textes. Ils expriment, mieux que les navrantes imbécillités de « penseurs » incapables de comprendre la nature de cette étrange époque, ce qu'il en est de la vie à la fin du XXe siècle.



- ... sans coercition, incitation ni promesse d'aucune sorte et après avoir été pleinement averti et éclairé quant aux conséquences de mon serment, je déclare m'engager ce jour au Service de la Fédération Terrienne pour un temps qui ne saurait être inférieur à deux années et qui peut être prolongé au gré des nécessités du Service...
Là, j'ai légèrement tiqué. J'avais toujours considéré que la durée d'engagement était de deux années, sans doute parce qu'il en était ainsi dans l'idée de tous les civils. En fait, nous étions en train de nous engager pour la vie.
Juan Rico est un jeune homme plein d'avenir, du fait de la richesse de ses parents son avenir est tout traçé : université pour intégrer l'entreprise de papa pour prendre, à terme, la relève. Tant pour l'appel de l'aventure et du voyage que par l'influence de ces amis, Johnny décide de s'engager pour le service fédéral qui lui octroiera à sa sortie la pleine citoyenneté... Moins brillant que ces camarades, il est affecté à l'infanterie mobile, des marines équipés d'exosquelettes surarmés...
Pendant sa formation, le conflit latent avec les Punaises éclatent... La carrière de Juan ne fait que commencer.
Bien que le roman démarre par un flashback en pleine action, ce récit initiatique se concentre sur la formation de Juan et la philosophie sous-jacente à ce régime militariste non autoritaire. La citoyenneté n'est en effet accordé qu'aux anciens soldats partant du principe que les seuls acteurs valables du régime sont ceux qui ont eu le courage et la volonté de se dresser pour le défendre. Les civils ne sont pas pour autant sous le joug d'une dictature, seul la justice est expéditive le fouet pour les délits, la corde pour les crimes.
L'armée imaginée par Heinlein est à la fois une utopie et une critique des armées du XXeme siècle, on en recrute que sur la base du volontariat, après un tri impitoyable sur le volet, les démissionnaires sont instantanément rayé des cadres et renvoyés dans leur foyer. Dans ces conditions, la formation est impitoyable, seul 20 % des recrues sont retenues au terme d'une formation où les accidents mortels sont possibles.
Ted avait commis la faute à ne pas commettre. Et c'était vraiment une faute. Nous détestions tous le Régiment (qui l'aimait, au fait ?) mais Ted avait vraiment essayé de toutes ses forces de gagner sa franchise de citoyen. Il avait l'attention de se lancer dans la politique dès son retour à la vie civile. Il nous disait toujours :"Vous verrez... il va y avoir du changement."
Maintenant, il n'avait plus aucune chance de se retrouver jamais derrière un bureau. Mais si cela lui était arrivé à lui, il pouvait en être de même pour moi. Moi aussi je pouvais craquer. Demain, dans une semaine... Et je n'aurais pas le droit de donner ma démission. Et je recevrais autant de coups de fouet que Ted.
Passé ce cap, la survie des soldats devient la principale motivation des officiers, on ne sacrifie personne volontairement, on ne laisse personne derrière dans la mesure du possible... Dans ce régime, nombre de généraux français ayant officié entre 1914 et 1918 aurait été pendu.
Heinlein explore son hypothèse à l'extrême, imaginant une société disciplinée (en opposition au laxisme de l'éducation du XXeme siècle) et une armée totalement utopique. L'argumentation n'exclue toutefois pas une société libérale (au sein US du terme). Le récit fait la part belle à la formation et l'éducation de Juan, individu somme toute assez moyen auquel il est facile de s'attacher. Les scènes d'actions sont rares, pas plus de deux sauf erreur, mais prenantes.
Rien de ce qui a de la valeur n'est gratuit. Même le souffle de la vie, nous ne l'obtenons à notre naissance que par la souffrance et un sursaut d'effort.
Ce court roman d'Heinlein remplit parfaitement son rôle, après un démarrage au coeur de l'action, l'idéologie explorée l'auteur est lancée violemment à la face du lecteur. Développée et nuancée ensuite, elle ne laisse pas indifférent et remplit son rôle épidermique, à savoir la critique des systèmes politiques actuels. Plus que le panégyrique d'un système disciplinaire et militariste (le point de vue est trop utopique et critique des armées passées pour être crédible), j'y ai vu une critique des failles de nos systèmes politiques. Un roman coup de poing qui ne laisse pas indifférent.
Sur la lancée, j'ai revu le film de Verhoeven, joyeusement subversif et second degré, l'armée utopique ayant disparue au bénéfice d'une critique acerbe des dérives sécuritaires, puis relu l'excellente chronique de Nébal sur le Cafard Cosmique.
Cette aspiration à une forme quelconque de libération est illustrée dans « Le Coffre-fort », où un personnage sans nom se réveille chaque matin dans un corps différent. Incapable d'obtenir le moindre contrôle sur les conditions matérielles de son existence, il se contente d'épouser, jour après jour, l'identité de ses hôtes, jusqu'à celui où il découvre comment son esprit a réussi à survivre en empruntant les capacités du cerveau de ses hôtes. Il décide alors de prendre sa vie en main et de s'affirmer en tant que personnalité autonome. On peut difficilement trouver plus bel exemple de ce que Sartre appelle l'exercice de la liberté en situation que cet homme dont la vie est dispersée de manière fractale (de la même façon, soit dit en passant, que les réalités virtuelles de La Cité des permutants) et n'existe, littéralement, que sous forme de statistique de ses passages dans le cerveau de ses hôtes. C'est néanmoins ce personnage encore plus prisonnier des circonstances que le héros d'« Orbites instables » qui décide mlagré tout de survivre, d'exister et d'agir. Comme démonstration de la liberté et de la ténacité humaine, on a rarement fait mieux.
Dans « Le Tout-p'tit », un homme dont la compagne ne veut pas avoir d'enfant achète un kit qui lui permet de porter un enfant d'ntelligence limitée, et destiné à mourir ver sl'âge de quatre ans. Hélas, le kit est de mauvaise qualité, et l'enfant réussit à parler, ce qu'il n'aurait amais dû être capable de faire. dans « Les Douves » et dans L'Énigme de l'univers, des scientifiques parviennent à créer un ADN différent et un système immunitaire qui lui permet de résister à tous les virus existant sur la planète — et de survivre au cas où le reste de l'humanité succomberait à l'un d'eux.
Le second crime c'est le fanatisme, qui résulte le plus souvent de ce que l'auteur semble considérer comme un défaut rédhibitoire chez un être humain : l'incpacité à « voir la réalité telle qu'elle est », cette faculté qu'ont les humains de s'illusionner, que ce soit au moyen de visions du monde erronées, de religions, de « mythologies stupides » ou de justifications fallacieuses. C'est tout le sujet de L'Énigme de l'univers. C'est le cas dans « Orbites instables », où ceux qui ont été capturés par les attracteurs idéologiques sont décrits comme auto-satisfaits et complaisants. Dans « Silver Fire », des fanatiques arrivent à faire croire aux membres de leur secte qu'une nouvelle maladie, dont les sympt$omes sont particulièremet horribles et douloureux, est en fait un moyen de connaissance et d'extase mysique… Ils n'ont évidemment pas le beau rôle dans la nouvelle. les constructeurs de a athédrale virtuelle de « Notre-dame de Tchernobyl » n'apparaissent pas véritablement comme des monstres de discernement intellectuel… Il ne fait pas bon, selon Greg Egan, de se contenter d'une seule grille de lecture, d'une vision définitive du monde : seul le doute, cet opium des intellectuels, trouve véritablement grâce à ses yeux.
De Richard Bessière
Fleuve Noir - 190 pages
Pour sa participation au Summer Star Wars, Ferocias joue à archéologue du space-opera. Ses billets donnent vraiment envie de fouiller le grenier, de dénicher les vieilles malles de grand-mère pour plonger dans le space-opera de grand père. J'ai donc exploré les BAL (bibliothèques à lire) de Mr Lhisbei et voici ce que j'ai trouvé : le premier roman de la collection Anticipation du Fleuve Noir, collection dite « Fusées » à cause de la fusée qui orne sa tranche son dos. La fusée de la couverture annonce la couleur : space op' nous voila.
Les conquérants de l'univers, premier volume d'un cycle éponyme en 5 tomes, de Richard Bessière a été publié en 1951. C'est Internet qui nous le dit car le livre ne possède ni dépôt légal ni date d'édition ni ISBN... Richard Bessière est ce qu'on peut appeler un auteur prolifique : il affirme sur son blog (inactif depuis mars 2007) avoir à son actif 285 ouvrages ! A noter aussi : les éditions Éons ont réédité en un seul volume les cinq romans du cycle des Conquérants de l'univers.
Je ne résiste pas à la tentation de reproduire la quatrième de couverture :
A bord de leur appareil interplanétaire, six terriens se trouvent lancés
dans l'aventure la plus extraordinaire qu'on puisse rêver. Vous allez
faire connaissance avec ces audacieux astronautes qui ne tarderont pas à
vous devenir familiers, et vous suivrez leurs aventures avec un intérêt
qui ne faiblira jamais. C'est Jules Verne qui a ouvert la voie au
roman d'Anticipation. Plus près de nous, H.-G. Wells est allé encore
plus loin. Mais le roman de F. Richard-Bessiere que nous vous présentons
est bien le plus extraordinaire et le plus captivant qu'on ait écrit
jusqu'à ce jour.
Nous voila embarqué à bord du Météore, premier vaisseau capable d'arracher l'homme à la pesanteur terrestre, parti à la découverte de l'Univers. Le Météore, créé par le professeur Bénac avec l'aide de son filleul Richard, grâce aux fonds du sud-américain Don Alfonso, est un engin digne des romans de Jules Verne : fabriqué dans un alliage de métal nouveau il dispose d'une propulsion révolutionnaire et de quatre niveaux qui assurent confort et sécurité. L'expédition de Bénac devait initialement concerner trois personnes. Le professeur Bénac et Richard devait se faire accompagner par Jeff grand reporter américain chargé de couvrir en exclusivité l'évènement. Mais Ficelle, mécanicien aux doigts magiques, et Don Alfonso se trouvent malencontreusement piégés à bord au moment du décollage. Miss Mabel, jeune étudiante anglaise, a fait valoir des arguments de poids pour intégrer l'équipe : « Mais qui s'occupera du ménage ? » et « Comment voulez-vous être présentables lorsque vous arriverez chez les martiens ? Croyez-vous que ces gens-là auront une bonne impression des terriens lorsqu'ils verront vos pantalons en accordéon et vos cols froissés ? »1. Bénac finit par céder à condition que Miss Mabel « maîtrise ses nerfs »2. Ils seront donc six à s'élancer, à la prodigieuse vitesse de 45 kilomètres par seconde, vers la Lune, première escale de l'expédition, avant de prendre la direction de Mars.
Richard Bessière nous dispense régulièrement des cours d'astronomie (Mabel finira même à lire un livre traitant de cette matière) selon les connaissances de l'époque. Dix ans avant le premier vol spatial habité et la conquête spatiale, la face cachée de la Lune est un terrain de fantasmes. L'auteur résiste à la tentation de le peupler de Sélènites ce qui, en soi, constitue déjà une originalité. Dans les années 50 les canaux de Mars se prêtent à toutes les interprétations possibles et se trouvent plutôt bien exploités dans ce roman. La description de la société martienne fourmille d'idées : la rationalité scientifique gouverne la planète et la critique sociale n'est pas bien loin. Certaines scènes sont vraiment très gaies (comme la compétition sportive sur Mars).
Richard Bessière, qui avait 18 ans à la parution du premier volet des Conquérants de l'Univers, fait preuve d'érudition (qui, certes, parait bien dépassée de nos jours) et d'une imagination débordante qui compensent une écriture parfois maladroite et au style suranné. Sur 190 pages, le rythme échevelé condense les aventures lunaires et martiennes de notre fine équipe proposant de nombreux rebondissements au risque de survoler ces aventures. Un romancier moderne aurait développé un peu plus chacune des péripéties de nos aventuriers. Je n'envisage pas de lire la suite - archéologue du space opera étant un hobby pour moi - mais si quelqu'un m'offre les livres, je me sacrifierai ...
1Nous sommes en 1951 n'oublions pas. Remercions les féministes d'être passées par là.
2 Elle prouvera par la suite qu'elle les maîtrise parfaitement : juchée sur un rocher « la courageuse jeune fille » tire sans arrêt sur les créatures préhistoriques qui peuple la face cachée de la lune (même si pour cela elle doit serrer « convulsivement » les lèvres) ; et ne s'évanouit qu'après la bataille et pour une excellente raison : elle est grièvement blessée et perd beaucoup de sang.
Consulter la bibliographie de l'auteur sur le Répertoire de la Science-Fiction.
