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  • 14/05/2013 : Iron Man 3, de Shane Black
  • 05/05/2013 : Le top quinze des films de SF (2)
  • 06/04/2013 : La trilogie de l'empire, de Raymond E. Feist et Janny Wurts
  • 07/03/2013 : Enfin, les Oniriques !
  • 02/03/2013 : Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski
  • 03/02/2013 : Palimpseste, de Charles Stross
  • 08/01/2013 : I did it !
  • 27/12/2012 : Joie, sifflotements et bonne humeur
  • 01/12/2012 : Merveille, de Robert J. Sawyer
  • 22/11/2012 : Justine Niogret, une entrevue
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Iron Man 3, de Shane Black

Par Impromptu le 14/05/2013 à 07:04 Voir l'article

Voici revenu le connard génial et égocentrique de Marvel Comics, mon pote Tony Stark, alias Iron Man. Il est cette fois aux prises avec un traumatisme post-Avengers et un grand méchant terroriste qui menace les Etats-Unis, le Mandarin. 

Iron Man est une franchise de divertissement. Pas du cinéma d'auteur. Une fois que tout le monde s'est mis d'accord là dessus, on peut creuser un peu.

Iron Man 3.jpg

Ce troisième opus est une grande réussite pour tout ce qui concerne les scènes d'action. La destruction de la villa de Tony Stark (je ne spoile pas, c'est dans la bande-annonce) est un moment extraordinaire, spectaculaire à souhait. Rien que pour toutes les scènes de combat et de vol en armure, le visionnage en salle obscure vaut le déplacement.

Prévoyez toutefois de vous procurer une place à tarif réduit : si les personnages, principaux comme secondaires, sont plutôt bien travaillés, le scénario souffre d'une indigence certaine par moments, manquant de créer le lien suffisant pour justifier la présence de quelques personnages clés, comme le mouflet malin et le grand méchant Mandarin. Ca rime, oui.

La situation de départ est la suivante : en raison de son expérience de mort imminente (ou presque) dans Avengers, Tony déprime ; il s'amuse avec ses joujoux - une pléthore d'armures expérimentales - refuse de dormir et fuit le monde, même sa mignonne Pepper Potts (toujours potiche, mais un peu moins que dans les films précédents). Il passe surtout son temps à planter tout ce qu'il entreprend, et c'est sans doute ce qui est le plus intéressant dans ce 3e opus. Dans ces scènes, le potentiel comique de Robert Downey Jr est pleinement exploité, pour mon plus grand bonheur. Il est réellement excellent dans ce registre, à la fois dans l'autodérision et dans le comique gestuel - procurez-vous Tonnerre sous les tropiques, vous verrez un bon exemple de son talent en la matière ! Donc Tony Stark se plante encore plus souvent que dans ses 2 premières aventures cinématrographiques, c'est très drôle, et cela donne un peu plus de relief à ce personnage déjà haut en couleur.

Comme énoncé plus haut, il y a dans ce film un surprenant grand méchant Mandarin, dans le rôle duquel Ben Kingsley s'amuse comme un fou, et un mouflet malin qui tient la dragée haute à Tony Stark, qui est pourtant son idole. Ils m'ont bien plu tous les deux. En revanche, je mets un B- à Guy Pierce dans le rôle du Dr Killian. Sa tête ne me revient pas dans ce film. Tant pis pour lui, il s'en remettra.

J'ai passé un fort bon moment en salle obscure, à peine gâché par la faiblesse du scénario - comme quoi, tout dépend de l'humeur du moment, car cette même faiblesse m'avait beaucoup dérangée pour Avengers.

iron-man-3 [2].jpg

Je suis débile. Je n'avais jamais remarqué que le chauffeur, garde du corps puis responsable de la sécurité de Tony Stark dans tous les Iron Man était Jon Favreau himself, le réalisateur des deux premier opus. Mais cette fois, je ne suis pas passée à côté. Car si Happy Hogan, son personnage, passe une grande partie de ce troisième opus alité dans une chambre d'hôpital, il montre un goût immodéré pour la série so british Downton Abbey... Que je viens de finir de dévorer.

Je dois avouer que dans ce film de divertissement américain à grand spectacle, qui convoque toutes les recettes les plus ébouriffantes et irréalistes (scènes d'action, technologies avancées, feux d'artifices bling bling), la présence de petits morceaux de société anglaise traditionnelle d'avant-guerre est un pied-de-nez fort amusant, qui m'a grandement divertie.

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Le top quinze des films de SF (2)

Par Impromptu le 05/05/2013 à 07:00 Voir l'article

En novembre 2010, le Traqueur Stellaire lançait un top 15 des meilleurs films de SF, que j'avais librement repris à mon compte.

Il a recommencé récemment, et j'en étais encore à me tâter pour savoir si je réitérais ou non la chose quand cette perfide collègue blogueuse et bibliothécaire de Lune m'a taguée ! Damned ! J'étais refaite !

Mais alors, que je commençai ce billet, je découvris que Lhisbei à son tour me taguait ! Incroyable !

Je crois que les blogopotes m'encouragent, et je les en remercie. Bon, et puis elles ont un argument de choix : j'ai gagné deux livres grâce à elles...

 

« Je cherche un prêtre, Vito Cornelius, c'est ici ?

Non mon fils, les mariages, c'est l'étage en dessous. »

 

Voici donc, dans le désordre et à l'impromptu, les 15 titres de films de SF qui me reviennent :

1- Pitch Black, chouette film super malin où Vin Diesel sert le film, ça change !

2- L'armée des douze singes, dans lequel il y a le second rôle qui m'a pratiquement le plus marqué au cinéma : Brad Pitt. Et pas parce qu'il a une belle gueule.

3- Starship Troopers, parce que, en plus de ce que j'en ai dit la dernière fois, il se trouve que j'ai lu récemment le livre dont il est tiré, Etoiles, garde à vous ! de Robert Heinlein (merci Guillaume). Et que j'apprécie d'autant plus la qualité de l'adaptation cinématographique.

4- Star Wars épisode IV (mais aussi les V, VI et III. J'ai prévenu que c'était dans le désordre !)

5- X-Men II sans doute parce que je n'ai pas encore vu X-Men le commencement, et parce que comme dans tous les X-Men, il y a Hugh Jackman en combinaison moulante.

6- Iron Man, parce que même si le(s) film(s) n'ont pas un intérêt cinématographique durable, Robert Downey Jr est Tony Stark jusque dans la moindre fibre de son être, et que c'est jouissif.

7- District 9, parce que l'humanité en prend plein la gueule, et qu'elle l'a bien mérité.

8- Matrix (le premier uniquement). Lunettes noires, manteau noir, M. Smith, post-apo : la classe

9- Le cinquième élément. Le film qui m'a le plus fait rire en SF, dans le bon sens du terme. Après ça, je me suis teint quelques semaines les cheveux en orange, comme Leeloo. C'était classe.

10- Bienvenue à Gattaca. Glaçant. Extraordinaire.

11- Time out. Bon d'accord, ce n'est vraiment pas le meilleur film de SF que j'ai vu, mais j'aime beaucoup le pitch de ce monde où le temps de vie est la monnaie d'échange quotidienne.

12- Terminator. Parce que : "Sarah Connor ? Oui ? Pan !"

13- Avatar. Le film est un peu trop plein de bon sentiments, mais c'est quand même un sacré planet opera et un spectacle inégalable pour les yeux.

14- Les fils de l'homme. Parce que.

15- Et là, je vais faire hurler tout le monde : Hunger Games. Comme Time Out, le film n'est pas assez bon pour avoir une place méritée dans un top 15 objectif, mais l'histoire me plaît. Un bon moyen de rappeler aux gens qui n'ont pas trop souvent lu cet excellentissime billet d'Odieux Connard sur le film qu'ils peuvent lire ce roman d'anticipation post-apocalyptique, car il est loin d'être une bouse.

 

« Un-be-lie-va-ble ! »

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La trilogie de l'empire, de Raymond E. Feist et Janny Wurts

Par Impromptu le 06/04/2013 à 09:56 Voir l'article

Fille de l'empire.jpgLa trilogie de l'empire est une oeuvre en trois volumes (si, si, je vous jure...) écrite par Raymond E. Feist et Janny Wurts, qui développe une histoire parallèle aux Chroniques du Krondor de Raymond E. Feist. Tous les romans autour du Krondor sont bien connus des amateurs de SFFF, mais je n'en ai pour ma part lu aucun. Je suis donc entrée dans la trilogie de l'empire en parfaite néophyte.

Les tomes s'intitulent respectivement Fille de l'empire, Pair de l'empire et Maîtresse de l'empire. Etant donné que je n'aime pas spoiler, j'aurai pu éviter de donner les titres, qui sont à mon avis les pires que l'on puisse donner à des histoires dont le lecteur ne veut pas connaître le dénouement. Malgré la fin prévisible, j'ai décidé de tenter le coup et j'ai acheté ces titres en version numérique.

L'histoire : Mara des Acoma est une jeune fille de 17 ans, héritière d'une noble famille de l'empire Tsurani sur le monde de Kelewan. Alors qu'elle est sur le point de prononcer ses voeux pour intégrer un ordre religieux dédiée à Lashima, déesse de la sagessse, elle est interrompue par le chef militaire de sa famille, qui l'informe de la mort de son père et de son frère à la guerre. Elle hérite brutalement d'une maison décimée, ruinée, et privée de la totalité (ou peu s'en faut) de sa force militaire.  Mara comprend rapidement que le décès de ses proches est dû à la manoeuvre d'un commandant Tsurani, ennemi de sa famille, qui les a placé délibérément au sein d'une opération militaire suicidaire dans la guerre des tsurani contre les Midkemians (une référence à La guerre de la faille, de Raymond E. Feist). Elle ne peut trainer en justice le responsable du massacre, qui a camouflé son meurtre sous une apparence honorable.

Pour reconstruire sa maisonnée et venger sa famille, Mara doit jouer le Jeu du Conseil - le jeu le moins amusant du monde, dans lequel toutes les familles nobles de l'empire tsurani cherchent à gagner le pouvoir, le conserver et empêcher les autres d'y accéder, tout en maintenant l'apparence de la plus parfaite honorabilité. Dans la civilisation tsurani, l'honneur est au-dessus de toute autre considération, et la mort préférable à la honte et à l'humiliation. Mara, dans une situation désespérée, utilise des moyens discrets, tortueux voire non conventionnels afin de regagner un peu de prestige et de force, quitte à payer de sa personne. La trilogie relate sa montée en puissance dans un univers hostile.

 pair de l'empire.png

Mon avis : Le point de départ du roman, sans originalité, est compensé par la richesse de l'univers recréé et une narration efficace, et qui peut parfois aussi se révéler réellement poignante.

L'empire tsurani est décrit comme une société patriarcale et clanique, sur le modèle nippon traditionnel. L'esclavage en est une composante formelle (les esclaves sont les serviteurs de maisons déchues et les prisonniers de guerre), ainsi que le suicide rituel. Les tsurani croient en la métempsycose, d'inspiration hindouiste, avec des réincarnations plus ou moins honorables en fonction des mérites gagnés dans les vies antérieures.

Les nobles s'y déplacent en palanquin ; ils ne connaissent pas le cheval. Kelewan est un monde quasiment privé de ressources métalliques. Les armes et armures sont de cuir, et l'empire tsurani vit de l'agriculture et du commerce, sans aucune industrie.

Les tsurani, subtils et épouvantablement polis, sont pour certains des monstres de perversité. Une des réussites indéniables du roman est la qualité du rendu des relations humaines dans ce contexte social, où les non-dits sont plus beaucoup plus significatifs que les paroles. Virtuoses de la communication non verbale, les tsurani (et surtout le narrateur !) embarquent le lecteur dans des scènes épiques de conquête de pouvoir où il ne se passe pourtant rien de plus qu'une discussion guindée dans un salon de réception... Etant donné que la plupart des romans de fantasy s'inspirent plutôt des légendes nordiques ou celtiques, ce cadre oriental est une petite bouffée d'air frais.

On y trouve de la magie, mais il n'en est que peu question jusqu'au 3e tome, dans lequel celle-ci prend de l'importance pour servir l'intrigue.

La ligne narrative des romans est un peu inégale. Elle est souvent efficace et pragmatique, mais prend parfois une tournure lyrique étonnante. J'ai été particulièrement émue par deux scènes du 2e tome, Pair de l'empire. La première met en scène le commandant de Mara, Keyoke, pris au piège d'une embuscade particulièrement retorse, au coeur de laquelle il se bat sans espoir de survie, ni de rédemption pour l'honneur de sa maîtresse. Il se bat de toute son âme, tenant par son seul courage, soutenu par toute une vie de discipline. La narration de la scène est réussie, à la fois réaliste et portée par un souffle épique.

La deuxième scène relate de façon puissante et émouvante, en quelques courtes pages, la façon dont Keyoke, mourant, dans le coma, est d'abord laissé à lui-même pour lui permettre de mourir dans l'honneur, puis sauvé par un prêtre guérisseur qui fait appel aux sentiments de Mara pour son serviteur, en dépit des traditions contraires.

maitresse de l'empire.pngPar ailleurs, une fan de science-fiction comme moi ne pouvait pas laisser un détail sous silence : les Cho-Ja. Ces insectes géants, proches de fourmis ou des termites, sont les habitants originels de Kelewan. Doués d'intelligence, reconnus comme des égaux, leurs talents d'artisan et de guerrier sont prisés, et leur alliance recherchée par tous les clans tsuranis. La société Cho-Ja est assez bien décrite et constitue un à-côté distrayant, bien que trop peu développé à mon goût. Ces fascinants insectoïdes auraient largement mérité un traitement narratif plus minutieux.

L'héroïne dotée d'un fort caractère et d'une poigne de fer a bien entendu tout pour plaire à mon esprit féministe et romanesque (un bisounours en tenue de Femen, si vous préférez...), rappelant à mon bon souvenir des petits plaisirs tels que... oui, vous avez deviné : Honor Harrington.

Sauf que Mara des Acoma, contrairement à ma copine Honor, n'apprend jamais à se battre. Elle n'est pas militaire. Elle est juste une jeune femme qui se sert de son intelligence et de qualités traditionnellement féminines pour arriver à ses fins. Cela change de mes héroïnes masculinisées...

En somme, La trilogie de l'empire m'a donc semblé être un charmant roman populaire, qui reprend des codes romanesques vieux comme le monde pour les exploiter de façon satisfaisante et attachante. Le fait que j'aie lu les trois tomes d'affilée est révélateur de son pouvoir d'attractivité, et je ne peux que vous le conseiller comme un bon divertissement, propice aux soirées au coin du feu comme aux journées à l'ombre du parasol.

 

Editeur : Bragelonne, février 2011 pour tous les tomes de cette édition. Lus en version numérique

Genre : fantasy, science-fiction

Lu aussi par : Spocky

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Enfin, les Oniriques !

Par Impromptu le 07/03/2013 à 13:59 Voir l'article

Lyonnais, Rhonalpins, Français, réveillez-vous ! Les Oniriques arrivent demain à Meyzieu.

Les Invités des Oniriques 2013Du vendredi 8 mars au dimanche 10 mars, les Oniriques prennent possession de la médiathèque de Meyzieu (69) et quelques lieux adjacents, afin de vivre au rythme de l'imaginaire. Auteurs, dessinateurs, éditeurs, libraires, jeux, expositions, projections, concert, rencontres, ateliers, spectacles, magie, marché artisanal... Il y aura de tout, pour tous les âges et tous les goûts, du vampire au steampunk en passant par les femmes dans la littérature de SFFF.

Le festival a été monté par la médiathèque en collaboration avec un ensemble d'associations de la région orientées sur l'imaginaire ou le Moyen-Âge: AOA Production,  CLIVRA, CoLibris,Compagnie Excalibur, Cyberunes, The Lyon Beefsteak Club.

On comptera parmi les auteurs : Ayerdhal, Etienne Barillier, Karim Berrouka, Jean-Luc Bizien, Nadia Coste, Marie-Hélène Delval, Sara Doke, Anne Fakhouri, Gilles Francescano, Marika Gallman, Florent Gounon, Alain Grousset, Ange, Jean-Philippe Jaworski, Vincent Joubert, John Lang, Nathalie Le Gendre, Li-Cam, Danielle Martinigol, Pierre Pevel, André-François Ruaud, Valérie Simon, Adrien Tomas, Ciro Tota, Philippe-Henri Turin, Jérôme Vincent.

Je mets de l'enthousiasme à faire la pub de ce festival parce que :

  • c'est une première du côté de la littérature de SFFF à Lyon,
  • c'est une médiathèque qui organise l'évènement.

Gentes dames, gentilhommes, space orks et autres loup-garous, rendez-vous donc à Meyzieu à partir de demain !

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Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski

Par Impromptu le 02/03/2013 à 07:04 Voir l'article

janua-vera.jpgJean-Philippe Jaworski est un orfèvre de la langue française. Il cisèle ses textes comme d'autres les gravures à l'eau-forte, il pastiche, il détourne. Il sait tous les styles, tous les tons, toutes les trames. Il sait aussi les hommes, leurs passions, leurs crimes et leur drôlerie.

Il met la première au service des seconds. Et on en redemande.

Le recueil de nouvelles Janua Vera, dans l'édition de 2010, contient 10 nouvelles. Jaworski, pour ceux qui l'ignorent encore, nous a également régalé d'un roman de tout premier ordre, Gagner la guerre.

 

1 - Janua Vera

Le roi Leodegar le Resplendissant, Roi-Dieu de Leomance, fait de mauvais rêves... On entre dans l'ordre chronologique de l'histoire avec cette première nouvelle courte. Elle ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs, mais elle fait office de mythe fondateur pour le Vieux Royaume.

2 - Montefellone

Une nouvelle orientée vers la tradition militaire et chevaleresque des grands récits d'héroic fantasy, qui nous rappelle forcément Le trône de fer. Au beau milieu d'un guerre, des généraux doivent choisir entre un ordre direct de leur souverain (occuper Montefellone) ou lui rendre service en volant à sa rescousse en désobéissant aux ordres.

Complots, trahisons, valse-hésitation des uns et des autres et surtout, le thème de la loyauté : qui est loyal à qui, comment, pourquoi, et quelle loyauté est la mieux récompensée ? Pas toujours la plus honnête, il faut croire...

3 - Mauvaise donne

La nouvelle attendue par tous ceux comme moi qui ont lu Jaworski dans le désordre, soit Gagner la guerre avant Janua Vera.

« Mauvaise donne » met en scène la première apparition de Benvenuto Gesufal, crapule et assassin des bas quartiers de Ciudalia, empêtré dans les rêts d'un complot beaucoup trop gros pour lui. Empruntant aux romans d'aventure, aux ambiances de polars noirs et aux conspirations machiavéliques (au sens propre du terme, Machiavel n'est jamais loin...), cette nouvelle réjouit le lecteur par sa vivacité et son humour. Les joutes verbales sont délicieuses. Voici un extrait (déjà moult fois cité, mais tant pis) :

« Je souhaiterai obtenir un entretien avec sa seigneurie.
Elle me connait : j'ai déjà eu l'honneur de la daguer. »

4 - Le service des dames

Aedan, incarnation du chevalier à l'honneur sans tache et sans reproche (je ronfle déjà), rend service à une gente dame afin de jouir du droit de passage d'un pont. Il lui faut aller chercher noise au vil et méchant voisin. Sauf que cette histoire sent très mauvais, et qu'au final, il y a des baffes qui se perdent. Pour la gente dame, surtout.

Oui, je suis violente. Il faut dire que mon sens de l'honneur est inexistant, contrairement à ce pauvre Aedan qui se débat au milieu de ses grands principes. Un exercice de pastiche assez réussi, bien que le sujet m'intéresse peu.

5- Une offrande très précieuse

Certainement l'une des nouvelles qui m'a le plus touchée. Sans doute parce qu'elle en appelle à la fibre parentale qui sommeille en chacun de nous ;  j'en suis presque certaine parce que je pense que l'histoire m'aurait laissé froide il y a quelques années.

Cecht et Dugham sont soldats. Dugham est blesséau combat, Cecht tente de le sauver en traversant une forêt immense avec son camarade sur le dos. Cecht est une brute, il a peu de cervelle, et il le sait. Parce qu'il le sait et qu'il fait un choix altruiste mais sans doute fatal pour sa survie, Cecht nous est rapidement sympathique. Il rencontre une vieille sorcière qui, pour soigner son compagnon, lui demande de faire une offrande. Une offrande atypique, qui fait appel à ses souvenirs les plus profondément enfouis et à une sensibilité qu'il ne se soupçonnait pas.

Une belle réussite que cette nouvelle.

6 - Le conte de Suzelle

Tristesse insondable, temps perdu, désillusion, rêves disparus... Cette nouvelle est belle, mais si triste.

Suzelle est une petite fille débordante de vitalité et de gaieté, lorsqu'elle fait une rencontre qui bouleverse sa vie. Son interlocuteur la marque à jamais, et dans l'attente d'une promesse et d'un retour, elle laisse passer son existence. Mariage, travail, enfants, vieillesse... Le temps passe, dans cette paysannerie rude et parfois sordide.

Le rêve d'une vie jamais vraiment vécue.

[soupir]

7 - Jour de guigneJanua vera - Gagner la guerre 2.jpg

Calame le scribe est victime du syndrome de Palimpseste. Parce qu'il a utilisé un parchemin ensorcelé, sa vie se réécrit sous ses yeux ébahis et sa volonté impuissante. On rit beaucoup dans cette nouvelle absurde et parfois potache, toujours soignée du point de vue du style.

                                                                 éd. spéciale de Janua Vera et Gagner la guerre

8 - Un amour dévorant

A Noant-le-Vieux, la nuit, les bois sont hantés par des appeleurs, à la recherche d'une jeune femme. Tous sont morts depuis des siècles, mais ils vivent encore sous les futaies, ombres parmi les ombres. Un prêtre du culte du Desséché mène son enquête pour éclaircir l'histoire, interrogeant chaque témoin. 

Cette nouvelle pose une atmosphère à la Edgar Allan poe, dans la plus pure tradition fantastique du 19e siècle, hantée par les esprits, les revenants, et la fascination pour la mort (en lien avec le culte du Désséché). Personnellement, je n'aime pas particulièrement ce genre, mais il est une fois de plus excellemment mis en oeuvre par Jaworski.

9 - Comment Blandin fut perdu

Un peintre errant se voit confier un chantier dans un monastère, ainsi qu'un apprenti doté d'un talent extraordinaire. Le maître ne comprend pas la hâte du monastère à se débarrasser du génie, jusqu'à ce qu'il se rende compte que son apprenti est obsédé par une femme, une seule, et qu'il ne cesse de la peindre. Incapable de varier, il intègre son visage à toutes ses oeuvres, partout, tout le temps, comme un poison lentement instillé...

Une histoire originale.

10 - Le confident

Cette nouvelle aborde d'un peu plus près le culte du Desséché, avec l'histoire d'un prêtre qui décide de se faire enfermer dans le noir total, une sorte d'expiation volontaire, et dont il décrit les étapes angoissées. L'anxiété monte, avec elle les peurs et les cauchemars, à la lisière entre sommeil et veille, rêve et réalité...

N'étant pas fan de l'épouvante, je n'ai pas particulièrement accroché à cette nouvelle, qui, étant la dernière du recueil, la termine sur une note sombre. Un peu dommage pour moi, mais pour ceux qui aiment, c'est toujours réussi.

 

 ed. spéciale Janua Vera et Gagner la guerre

Janua vera - Gagner la guerre.jpgLe recueil terminé, mes impressions globales de lecture (avec du recul, je l'ai terminé il y a quelques temps) sont les suivantes :

  • Je n'aime pas particulièrement le format nouvelle. Vieille école, vieilles habitudes, vieille bibliothécaire... On pourra trouver quantité d'explications à cet état de fait ! Lire 10 nouvelles de suite m'a donc demandé un effort certain, que je ne pense pas réitérer de si peu. Une ou deux nouvelles à la fois suffiront largement pour mes futures expériences. Par comparaison, la novella, comme Palimpseste de Charles Stross, me convient mieux.
  • Mes goûts personnels me portent peu vers le fantastique, les revenants, l'épouvante et la fascination pour la mort, ni d'ailleurs vers ce qui est noir et désespéré... Des thèmes plutôt récurrents dans ce recueil, particulièrement vers la fin. Je ne peux donc pas dire que je l'ai adoré. [Oui, les bisounours ne sont pas loin, mais que voulez-vous...]
  • Bien que moins enthousiaste qu'à la lecture de Gagner la guerre, en cause les raisons précédemment évoquées, je reste séduite par la qualité de l'écriture de l'auteur. Il sait vraiment tout faire, tant sur le fond que dans la forme. Et il met sa forme très travaillée au service d'un fond qui ressemble à tout sauf à cette autofiction si chère à notre intelligentsia littéraire, que j'abhorre. Rien que pour cela, Jean-Philippe Jaworski est mon ami. Enfin, non, mais... Remarquez, je peux toujours le lui demander sur Facebook, on ne sait jamais !
  • Mes nouvelles préférées sont donc : Mauvaise donne, parce que Benvenuto Gesufal, et Une offrande très précieuse, parce que tout le monde aime un jour, quel qu'il soit. [Quand je vous disais que les bisounours n'étaient pas loin]. Avec une mention spéciale pour Le conte de Suzelle, parce que l'histoire a beau être triste à en mourir, elle est magnifique.

Tous les aficionados de Jean-Philippe Jaworski attendent avec impatience la sortie de son prochain roman, toujours aux Moutons électriques, en août 2013 : Même pas mort sera le premier tome d'une trilogie intitulée Les Rois du monde.

Et rien que pour vous faire baver un peu, sachez donc que je devrais rencontrer le monsieur le week-end prochain, aux Oniriques à Meyzieu. Et toc.

 

Ce billet est dédié à Tigger Lilly, parce qu'elle a été la première à demander une chro de ma PAB.

Edition : Les Moutons électriques, 2010 (édition augmentée)

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Palimpseste, de Charles Stross

Par Impromptu le 03/02/2013 à 07:30 Voir l'article

Palimpseste est une novella de Charles Stross, par ailleurs auteur de la série Les princes marchands. Palimpseste a obtenu le prix Hugo en 2010. J'ai acheté ce livre pour ma bibliothèque personnelle durant les dernières Utopiales (je le signale car j'achète assez peu de livres pour moi).

palimpseste.jpg

Palimpseste raconte l'histoire de Pierce, un patrouilleur du temps, qui parcours l'histoire de la Terre afin d'intervenir sur des points de divergence, des noeuds dangereux pour l'humanité. La Stase, son employeur, est chargée du maintien de la population et de l'histoire humaine sur la Terre, quelles que soient les époques. Son action court sur des millions d'années.

On suit donc Pierce tout au long des vingt années de formation qui lui sont nécessaires pour devenir un véritable agent de la Stase, vingt ans à parcourir le temps, à se fondre dans la masse, à éviter des catastrophes, à tomber amoureux... A se faire tuer aussi. Car Pierce meurt à plusieurs reprises, mais la Stase le ramène chaque fois à la vie.

Il arrive parfois que les agents de la Stase tombent en plein palimpseste : une scène qui a été effacée et réécrite plusieurs fois. Un véritable casse-tête chinois...

La Stase charge aussi parfois ses agents de déplacer des populations dans le temps, afin de mener des "Réensemencements". Ceux-ci permettent à l'humanité de "repartir" au lieu de s'éteindre, comme le voudrait la loi de l'évolution. Elle utilise également les ressources de civilisations scientifiques pour éviter à la Terre de s'éteindre avec la mort du Soleil.

Pour devenir agent, Pierce doit faire un sacrifice : se couper de ses racines, et pour le prouver, il doit aller dans son passé tuer son grand père. Il doit même, en fin de formation, se tuer lui-même, un soi déviant qui a pris un autre chemin et qui doit être éliminé. Une carrière difficile, mais qui a ses avantages : une vie extrêmement longue, le sentiment d'être utile à l'humanité entière, et la possibilité de se retirer parfois plusieurs années dans une civilisation paradisiaque dont il est le demi-dieu.

Mais Pierce découvre que la réalité se révèle plus compliquée encore lorsqu'il arrive enfin à consulter la grande bibliothèque du temps, le bien le plus précieux de son employeur...

voyages temps.jpg

Palimpseste a beau être un roman court, il contient littéralement plusieurs mondes. Une terre comme jamais on ne l'aurait imaginée, avec de multiples dérives des continents, des miliers de civilisations, et une géographie astronomique changeante : *attention spoiler* la Terre quitte même le système solaire pour partir "vivre sa vie" dans l'espace intergalactique !

Charles Stross utilise l'ellipse à l'envie afin de parvenir à ce résultat extraordinaire, un procédé qui pourrait en agacer certains. J'ai pour ma part accepté sans rechigner la méthode, qui permet de ne pas perdre de temps et d'aller toujours à l'essentiel.

Bien entendu, les multiples voyages dans le temps du personnage central brouillent rapidement les cartes. Les paradoxes temporels s'accumulent et il faut bien avouer qu'au bout d'un moment, les ellipses aidant, j'ai cessé de vouloir tout comprendre dans la chaîne de causalité. Ce qui m'a finalement aidé à apprécier l'histoire racontée, celle d'un homme prisonnier du temps qu'il arpente pourtant sans limites.

En aparté, je conseille au lecteur intéressé par les thèmes du voyage dans le temps et de l'uchronie de lire ce fil de discussion du Planète Sf. Une bonne façon de comprendre la différence fondamentale entre les deux... On peut aussi aller voir la série canadienne Continuum, qui exploite à bien plus petite échelle l'idée du voyage dans le temps.

Pierce cherche un sens à son travail, une certitude de faire le bien en fin de compte. Comme il a dû, pour accéder à ce poste, employer la violence, il a besoin d'un garde-fou éthique : "qu'importe les moyens, pourvu que la fin soit honorable". Et la recherche de cette caution morale l'amène sur bien des chemins, en bien des temps...

Palimpseste a été pour moi un très beau roman, bref et intense. La fin de l'histoire nous laisse dans l'incertitude, mais je n'en attendais pas plus... ou pas moins ?

 

PS : ami lecteur, tu peux remercier Vert et Lhisbei pour leur kick ass, qui a permis à cette chronique de voir le jour. C'est comme un accouchement : il est inéluctable, mais on a souvent besoin d'un coup de main pour le mener à bien !

Editeur : J'ai lu, collection "nouveaux millénaires", 2011

Genre : science-fiction, voyage dans le temps

                            

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Ce billet entre dans les challenges Winter Tilogog JLNN.jpgme Travel de Lhisbei et Je lis des Nouvelles et des Novellas de Lune.                           

 

 

 

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I did it !

Par Impromptu le 08/01/2013 à 07:15 Voir l'article

Enig Marcheur.gif

Deux mois.

C'est le temps qu'il m'a fallu pour lire Enig Marcheur, de Russel Hoban. Deux mois de sacerdoce, excepté une pause éclair (enfin... 4 tomes quand même !) dans le monde décalé de Cail Garriger. C'est pourquoi ce livre fait l'objet de ma première chronique littéraire de l'année, et c'est bien la moindre des choses.

Voici le quatrième de couverture : « Dans un futur lointain, après que les feux nucléaires ont ravagé le monde - le Grand Boum -, ce qui reste des hommes est revenu à l'âge de fer, leur survie sans cesse mise en péril par des chiens mangeurs d'homme et des clans rivaux. La gnorance, la preuh et les superstitions ont pris le pouvoir. La langue n'est désormais plus qu'un patois menaçant et vif dans lequel subsistent par fragments les connaissances du passé. 

C'est là qu'Enig Marcheur, douze ans, va prendre la décision inédite de coucher par écrit ses aventures hors normes à la poursuite de la vérité en revenant sur les pas des hommes à l'origine du Sale Temps. »


Un mot d'abord de l'objet livre. N'étant pas particulièrement bibliophile, je parle rarement de ce genre de chose, mais le soin apporté par l'éditeur, Monsieur Toussaint Louverture, à la couverture du roman vaut le détour. Elle est constituée de quatre parties :

  • la couverture cartonnée propre, dans les tons jaunes et blancs,
  • une première jaquette cartonnée ajourée représentant les loups/chiens en rouge,
  • une deuxième jaquette cartonnée ajourée représentant le Ptitome Bryllant en noir par dessus,
  • enfin, une jaquette en PVC transparent pour protéger le tout.

Un véritable tour de force, et un travail d'artiste.

 

Enig Marcheur est un roman post apocalyptique, donc, qui donne la parole à un jeune garçon arrivant à l'âge d'homme - 12 ans ! - ayant décidé de coucher par écrit ses mémoires, chose que personne ne fait à son époque. Enig vit une sorte de quête initiatique. Il est le petit bout de la lorgnette par lequel le lecteur part à la découverte de la société dans laquelle il évolue, une société éclatée en minuscules entités, fermes et chantiers nomades, menacée par des chiens sauvages mangeurs d'hommes, autour de feu la ville de Canterbury, désormais nommée Cambry. A 2500 d'ici, on ne reconnait plus rien, si ce n'est les noms des anciennes autoroutes... 

La particularité d'Enig Marcheur est qu'il est écrit en parlénigm (riddleyspeak), une langue déconstruite qui se veut l'héritière de la nôtre, déformée et remaniée après des millénaires d'oralité. Le roman étant réputé intraduisible en raison de cette langue si particulière, on ne peut que saluer le travail de titan du traducteur Nicolas Richard - et le pari insensé de la maison d'édition pour avoir commandé ce travail.

Ce langage constitue le fond du roman, peut-être encore plus que la forme. De toute façon, l'influence de la forme sur le fond est ici une évidence. La pensée a évolué avec le langage, et tous deux forment une entité nouvelle, pas facile à appréhender ni sur le fonds ni par la forme. Le glossaire de fin ne m'a pas éclairé d'un iota sur le sens des termes qu'on y trouve.

Les croyances communes de la société d'Enig sont constituées d'un mélange de légendes pseudo-chrétiennes, reprenant et déformant l'histoire de Saint Eustache ayant trouvé la foi en voyant un cerf portant une croix entre ses bois, et de réminiscences de la culture scientifique qui fait aujourd'hui notre quotidien : la physique, la chimie, l'atome.

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 Source : saint-eustache.org

On se retrouve donc avec l'histoire d'Eusa, qui au coeur de la Feurrée a découvert Adom le Ptitome Bryllant entre les bois d'un cerf et l'a déchiré en deux, puis provoqué le Grand Boum et enfin payé ses méfaits le restant de sa vie. Sa légende est colportée par les représentants du Ministère, des marionettistes qui passent de fermes en campements porter la bonne parole.

L'une des scènes les plus fascinantes est le commentaire par l'un des protagonistes d'un texte ancien, écrit dans "notre" langue, relatant l'histoire de Saint-Eustache. L'interprétation qui en est faite est à nos yeux déroutante, absurde... et crédible.

La recherche du symbolique dans le quotidien est omniprésente dans la pensée d'Enig et de ses contemporains. Les principes de dualité et d'unicité sont au coeur de leurs réflexions : 

Je le sentais dans mes tripes et dans mon bide. Tu essaies de faire qu'un avec quelque chose ou quelqu'un mais tu auras beau essayer la dualité de toute chose travaille contre toi jusqu'au bout. Tu essaies t'attraper l'unicité et elle se sépare en deux dans tes mains. (p. 189, traduit du parlénigm par mes soins)

Les cheminements intellectuels menées par Enig ou ses camarades m'ont parfois laissé les yeux écarquillés et le cerveau en panne : qu'ont-ils voulu dire ? De quoi parlent-ils ?  Il faut dire que la langue obscurcit la compréhension que nous pouvons avoir du sens. Cela ajouté à mon désintérêt avoué pour la philo, je me suis sentie stupide plus souvent que je ne l'aurais souhaité...

Ce qui est évident en revanche à la lecture de l'oeuvre, c'est l'importance accordée à la transmission du savoir et de l'histoire, afin d'éviter les erreurs du passé. Chaque spectacle de marionnettiste sur l'histoire d'Eusa donne lieu à une séance d'interprétation/transe censée éclairer un aspect de celle-ci. Une fascinante déclinaison de l'oralité comme unique mode de transmission.

 

Alors ? Qu'ai-je pensé d'Enig Marcheur ?

Avant tout, c'est un texte qui marque, pour le meilleur ou pour le pire. Sa forme est si originale qu'on ne peut l'oublier en passant au livre suivant.

J'ai eu quelques appréhensions au début du roman, car j'ai un mauvais souvenir de Julian, de Robert Charles Wilson, en raison de son narrateur naïf dont la vision partiale et partielle m'avait beaucoup agacée. Heureusement pour moi, si Enig se rapproche d'Adam de part son statut très jeune homme débutant, là s'arrête la comparaison. Enig est jeune, mais il est pas aussi naïf. Il a dans les grandes lignes le même niveau de connaissance et d'éducation que ses compagnons plus âgés.

En revanche, le fait qu'un enfant puisse évoquer des principes philosophiques, telle la dualité citée plus haut, m'a perturbé. Ce n'est pas un discours que j'attends de la part d'un enfant, pas même, rapporté à notre époque, d'un adolescent accédant à l'âge d'homme. Ou alors je n'ai fréquenté que des imbéciles, mais tout de même. En cela, j'ai trouvé le postulat un peu capillotracté, même si le contenu était intéressant.

Mon Libraire (avec les majuscules) m'avait promis que ce roman n'était pas si difficile à lire, du moment qu'on se le lisait à voix haute dans la tête. Il n'avait pas tort, à partir du moment où on a suffisamment de temps de lecture devant soi pour pouvoir passer en mode "lecture intérieure à voix haute". Ce temps, je ne l'ai jamais. C'est bien là que le bât blesse ! Enig Marcheur reste difficile à lire, car même une fois pris le pli de la lecture, le contenu nous est souvent étranger, donc délicat à appréhender.

Je n'ai rien d'une masochiste en lecture, et de plus, je déteste par dessus tout les livres qui privilégient systématiquement le style au détriment du fond. Enig Marcheur aurait donc dû me déplaire dès la première page, d'autant plus qu'il m'a fallu très, très longtemps pour arriver au bout.  Je garderai, comme Gromovar, un arrière-goût de "tout ça pour ça", une petite déception au vu du manque d'ambition de l'univers décrit, car on n'en sait jamais plus qu'Enig sur le monde dans lequel il vit, on manque de perspective. C'est frustrant.

Pourtant, j'ai trouvé ce roman intéressant, même captivant, et j'ai vécu une véritable expérience de lecture. Cela dit, je ne le conseillerai qu'à des lecteurs expérimentés n'ayant pas froid aux yeux - et ayant du temps devant eux !

 

Edition : Monsieur Toussaint Louverture, 2012

Lu aussi par : Nebal (chronique rédigée en parlénigm !), Gromovar, Sandrine, chroniqué mais pas fini chez Lune

 
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Joie, sifflotements et bonne humeur

Par Impromptu le 27/12/2012 à 07:30 Voir l'article

Alors que je lis très, très... très lentement Enig Marcheur de Russell Hoban (je le finirai !), j'ai récemment commis l'irréparable erreur de fourrer mon nez dans un autre bouquin alors que j'étais au travail - comme quoi, on a parfois le temps de lire en bibliothèque ; mais ne vous méprenez pas, ce n'est vraiment pas tous les jours. Ce bouquin, c'était Sans Âme, le premier tome du Protectorat de l'ombrelle, de Cail Garriger.

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Je n'aurai pas dû.

Parce que je me suis enfilé les trois autres tomes sans souffler (à la maison, pas à la bibliothèque). Et Enig s'est lamentablement retrouvé sur la touche, comme le pauvre hère qu'il est.

Le Protectorat de l'ombrelle est commis par une californienne qui se prend pour une anglaise, et traduit avec beaucoup de finesse par Sylvie Denis. Je lui rend hommage ici et maintenant parce que, si je ne sais pas ce que vaut le texte original, je peux vous dire que la version française est excellente. Sans Âme, Sans Forme, Sans Honte et Sans Coeur constituent les quatre tomes actuels de cette série.

Mademoiselle Alexia Tarabotti en est l'héroïne, vieille fille de 26 ans corsetée dans la société londonienne de la deuxième moitié du XIXe siècle, sous le règne de sa Majesté la reine Victoria. Affublée de deux demi-soeurs plus jeunes et beaucoup plus stupides, qu'elle doit chaperonner telle une duègne lors des réceptions de la bonne société anglaise, Mademoiselle Tarabotti a en outre trois très gros défauts : elle a des origines italiennes, c'est un bas-bleu notoire, et elle n'a pas d'âme. Le deux premiers défauts étant certainement les plus embarrassants.

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Cela étant posé, le fait de ne pas avoir d'âme dans une société qui a accepté de compter officiellement dans ses rangs les êtres surnaturels peut parfois avoir ses avantages. Car fantômes, vampires et loups-garous redeviennent immédiatement mortels s'ils ont la maladresse de se retrouver en contact dermique direct avec Mademoiselle Tarabotti. Cela ajouté au fait que Mademoiselle Tarabotti jouit d'une robuste constitution (et d'un solide appétit) et qu'elle sait se servir à merveille de son ombrelle en toutes circonstances, menaces solaires ou surnaturelles, elle sait tirer son épingle du jeu et protéger sa vertu en ces temps troublés.

Jusqu'à ce qu'un vampire très mal éduqué s'en prenne à elle, et qu'elle le tue en état de légitime défense. A partir de cet instant, Mademoiselle Tarabotti est l'objet d'attentions multiples et incessantes, à visées parfois mortelles, dont la plus encombrante est l'enquête du Bureau des Registres Surnaturels, incarnée le plus fréquemment en la personne de son directeur, Lord Maccon, Alpha de la meute de loups-garous de Woolsey. Quelques désagréments s'ensuivent, qui durent environ... 4 tomes. Je vous laisse le plaisir de découvrir seul(e) de quels désagréments il s'agit.

Félicité et Evelyne étaient les demi-soeurs cadettes d'Alexia par leur naissance, et n'avaient aucun point commun avec elle si l'on prenait en compte n'importe quel autre facteur. Elles étaient petites, blondes et minces, alors qu'Alexia était grande, brune et en toute franchise pas si mince que ça. Alexia était réputée dans tout Londres pour ses prouesses intellectuelles, son intérêt pour les sciences et son esprit mordant. Félicité et Evelyne étaient réputées pour leurs manches bouffantes. En conséquence, le monde était en général plus paisible quand elles ne vivaient pas toutes les trois sous le même toit.


Sans honte.jpgLe protectorat de l'ombrelle est sans l'ombre d'un doute de la bit-lit, ou paranormal romance, comme on dit aux states. Et, sans l'ombre d'un doute, il en détourne tous les codes. Voyez plutôt :

  • - le héros est bien une héroïne. Sauf qu'elle n'est pas une adolescente, mais une adulte.
  • - l'héroïne est bien célibataire au début de l'histoire. Sauf qu'elle ne cherche pas le moins du monde à rencontrer l'amour de sa vie. Tout ce qui l'intéresse, ce sont les parutions scientifiques de la Royal Society et le plaisir de pouvoir prendre le thé dans une bibliothèque.
  • - l'héroïne ne se trouve pas belle, naturellement. Sauf qu'elle n'est pas une gracile demoiselle éthérée, mais une quasi matrone, aux charmes pulpeux et à la personnalité dominatrice.
  • - il y a bien des vampires et des loups-garous. Sauf que le vampire principal est un homosexuel notoire et que les loups-garous sont extrêmement poilus et souvent mal élevés.

En réalité, ce qui distingue à mon sens Le protectorat de l'ombrelle, c'est le fait que le lectorat visé est un lectorat adulte - malgré les couvertures très girly. Nous sommes sans aucun doute dans une littérature populaire, aventureuse et facile à lire. Mais le contexte est soigné, élaboré dans une esthétique steampunk bien plus développée que dans la littérature fantastique habituelle (on y voit de nombreuses références science-fictionnelles). Les personnages variés et hauts en couleur offrent une palette de plaisirs renouvelés, jusque dans le 4e tome, alors que l'on pense - à tort - en avoir fait le tour. Je pourrai également citer la sexualité des personnages ; l'homosexualité y est presque aussi courante que l'hétérosexualité, ce qui est rare dans la littérature pour ado ou jeune adulte, souvent plus manichéenne.

Sans coeur.jpgLe principal atout du Protectorat de l'ombrelle, c'est qu'il est indéniablement, immanquablement et très agréablement drôle. En cette sombre saison où la lumière comme la chaleur font défaut, on rit aux aventures pourtant fréquemment nocturnes d'Alexia Tarabotti. Son aplomb, sa logique sans faille, son intransigeance en matière de bonnes manières et de goûts vestimentaires, son absence absolue de sentimentalisme en toutes circonstances m'ont réchauffé le coeur et réjouit l'esprit. Le ton et le style volontairement maniérés de la narration pourraient faire fuir quelques lecteurs blasés, mais je me suis prise au jeu avec délectation. Le code de bonne conduite de la haute société, inspiré de l'époque victorienne, est utilisé et détourné de façon souvent hilarante. C'est romantique, absolument romanesque, et jamais nunuche.

J'ai lu des romans plus ambitieux, plus intelligents, plus fins, plus aboutis ou plus touchants, mais rarement ai-je lu des romans qui me procurent autant de plaisir. Honnêtement, je crois n'avoir pas pris un tel pied depuis Le chardon et le tartan de Diana Gabaldon.

Or, il se trouve que j'ai ouvert ce blog pour la même raison qui m'a poussée à devenir bibliothécaire : pouvoir partager le plaisir immense d'une bonne lecture. J'espère que c'est chose faite, en cette fin d'année 2012.

 

Editeur : Orbit. Janvier 2011 pour Sans Âme, Novembre 2011 pour Sans Forme, Avril 2012 pour Sans Honte, Novembre 2012 pour Sans Coeur.

Genre : fantastique, steampunk (oui, je sais, ce n'est pas un genre...), romance, bit-lit.

Egalement chroniqué chez : Lhisbei, Vert

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Merveille, de Robert J. Sawyer

Par Impromptu le 01/12/2012 à 05:33 Voir l'article

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Merveille est le dernier tome de la trilogie de Robert J. Sawyer. J'ai touché quelques mots des deux premiers tomes ici. Voici donc la clôture de l'oeuvre, servie par un titre bien trouvé, dans la lignée des premiers : Eveil, Veille, Merveille, ça pose son oeuvre.

 Cela m'a fait penser [attention, je digresse, et en plus je vais parler de bit-lit] à la traduction française des quatre tomes de la série de Stephenie Meyer, connue du grand public sous le titre Twilight. Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation : je trouve que c'est quand même très bien choisi, et qu'il est dommage d'ignorer systématiquement cette traduction quand on parle des livres... Mais revenons à nos moutons.

 Donc Merveille continue sur sa lancée. L’étau se resserre autour de Webmind, et certains de ses agissements secrets sont suspects. Ses réflexions d'ordre philosophique nous obligent à reconsidérer les réflexes acquis depuis 1984 de George Orwell, où le contrôle était synonyme de toute-puissance et de répression. Robert J.Sawyer emprunte, lui, une  autre voie, où le fait de tout voir et tout savoir ne mène pas obligatoirement à l'enfer du bien commun. Il illustre à sa manière ce qui pourrait être fait de positif grâce à une totale mainmise sur le web.

 Là où le bât blesse, à mon sens, c'est que sa démonstration n'est pas convaincante, en raison du simplisme des situations et des personnages. Ce simplisme constitue le fil rouge malheureux de la trilogie : c'est mignon, plein de bonnes intentions, c'est bien extrapolé pour certains aspects techniques, politiques et scientifiques, mais on n'y croit jamais complètement.

Caitlin est très gentille et très maligne, mais très ado (elle envoie la photo de ses seins à son petit copain... Non mais vraiment !). Son père est très autiste. Le Dr Kuroda est très dévoué. Webmind est animé de très bonnes intentions. Chobo est très chouette. Ils sont tous "très". What a pity.

J'en conclus donc que voilà un gentil cycle pour ado débutant en anticipation, agréable à lire mais furieusement dépourvu d'aspérités.

Genre : anticipation

Robert Laffont, Ailleurs & Demain, 2011

Lu aussi par Brize

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Justine Niogret, une entrevue

Par Impromptu le 22/11/2012 à 09:16 Voir l'article

Cette interview aurait dû être enregistrée en audio, dans le feu de l'action, juste après la conférence « Wonder Woman » le dimanche 11 novembre 2012 aux Utopiales. Mais j'ai papoté avec Nancy Kress, et j'ai perdu Justine Niogret de vue. Ça m'apprendra. L'interview s'est donc faite par mail.

Pourquoi Justine Niogret, et pas un(e) autre auteur(e) ? Parce que personne ne sautille sur place en poussant des cris supersoniques* comme elle. Voilà pourquoi.


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photo de Justine Niogret par Justine Niogret (!)

Comme une interview écrite est beaucoup moins spontanée, elle se doit aussi d'être plus documentée. Ça passe mieux qu'une ignorance crasse. J'ai donc entre temps pris soin de commencer (enfin !) Mordre le bouclier, son deuxième roman, pour lequel Justine Niogret vient d'obtenir le prix Utopiales européen. J'avais déjà lu et chroniqué Chien du Heaume l'année dernière. Je n'ai pas fini Mordre le bouclier, mais je peux d'ores et déjà dire que je m'accroche à Chien et Bréhyr comme une sangsue déshydratée.

 

1) [Justine] tu n'écris pas de la science-fiction, Sara Doke l'a dit lors de l'introduction à la conférence Wonder Woman, écoutable et téléchargeable ici. Pas pour l'instant, en tout cas. J'irais même jusqu'à dire que ni Chien du heaume ni Mordre le bouclier n'entrent dans la case littérature de l'imaginaire, puisque rien ne les y rattache réellement, dans le fond (évidemment, cela n'engage que moi). Et pourtant, tu as reçu pour chacun de ces romans des prix récompensant les littératures de l'imaginaire. L'application d'étiquettes tend vite à la stupidité, mais diverger à ce point... Il faut admettre que c'est troublant. Qu'en penses-tu ? Tu as une explication? Ou tu t'en fous ?

Question compliquée. Déjà, je ne suis pas championne pour parler des étiquettes. Ce que je pense, déjà, c'est que Mnémos est une maison fantasy, et que rien que ça, ça vous cale un roman. Je pense, moi, que chien et mordre sont plus proches de l'histo qu'autre chose. Les moments fantastiques de ces deux romans, j'ai tenté de les rendre historiques autant que faire se peut, de parler de la vision magique des gens de cette époque, avec les forêt en lieux déserts et secrets, les peurs dans la nuit sans lumière, les prédestinations, les tours du destin. C'est là que, pour moi, ce sont deux livres historiques, ou historiques romancés. Beaucoup de lecteurs me disent la même chose, d'autres me parlent de fantasy claire et nette malgré tout. Du coup je ne sais pas. Je pense qu'un livre appartient aussi à ses lecteurs, je ne veux pas trancher à leur place. Bref, je te ferais une réponse molle ; pour certains c'est de la fantasy, pour d'autres de l'histo. Pour d'autres encore, un univers secondaire. Du coup, va savoir.

 

2) Je lis donc Mordre le bouclier, j'en suis au chapitre 5 [10, maintenant]. Chien est partie sur les routes avec Bréhyr et son pouce en métal ; elle vient de - spoiler !! - Ce qui me frappe, c'est l'impression persistante que Bréhyr et Chien sont en réalité une seule et même personne, et que chacune d'elle incarne une part d'un tout. Ce tout forme une personnalité complexe, ignorance et connaissance, activité et passivité, entreprise et dépression, et lutte, toujours la lutte, sans espoir. Est-ce ainsi que tu les as conçues ?

Hou, question difficile. Je ne conçois pas mes persos. Je les laisse venir comme ils veulent, et je tente d'être aussi honnête que je peux en retranscrivant ce qu'ils veulent que je raconte. C'est King qui en parle super bien dans la tour sombre ; son perso sculpteur, il trouve un bout de bois, et dedans il sait qu'il y a une clef. Et il tente de la sortir de là, du mieux qu'il peut, avec son petit couteau et ses trouilles personnelles. Pour moi, écrire un personnage c'est très semblable ; on tente, on fait du mieux qu'on peut. Je sais qu'on a tous des ressentis différents quant au travail d'écriture ; dans mon cas je suis incapable de poser le perso sur papier et de dire « alors là il est plutôt comme ça, et puis dans cette situation et bien il réagira comme ceci. » je fais connaissance avec eux au fil de l'écriture, tant que le livre n'est pas fini ils font ce qu'ils veulent, un peu, ce sont des sales gosses. Après, avec le recul, en général j'ai une opinion d'eux et je peux en parler ; alors oui, disons que pour moi, et chacun pense comme il veut, mais pour moi Bréhyr et Chien sont deux faces d'une même pièce. La lutte sans espoir, c'est compliqué à dire. La lutte, oui. Et l'espoir, je pense qu'il faut fouiller. Mais on en trouve. Parfois, et pas tous les jours. Aussi.

 

3) Le langage que tu emploies, qui est à mon sens la part la plus marquante de Chien du heaume et de Mordre le bouclier, est à la fois suranné et moderne. J'avoue être à chaque fois bluffée – ou comment transformer un élargissement de route en pur moment de poésie (p.35 dans Mordre…). Où vas-tu chercher cette écriture ? As-tu une ou des source(s) d'inspiration pour la créer ?

Déjà, c'est gentil pour mon écriture. Mais je pense que tu avais peut-être mangé une pizza périmée ou que sais-je, et tu t'emportes, c'est aussi tout à fait possible. C'est aussi pour ça que je voulais faire un roman qui n'avait rien à voir avec chien et mordre ; pour mieux connaître mon écriture, entre ce qui tenait à l'univers médiéval et à ma propre façon d'écrire. Du coup je peux à peu près dire que dans chien et mordre les images ou la façon de les décrire tiennent beaucoup à la vision disons, en gros, celtisante et scandinave et que ça correspond à la couleur du livre. Dans Gueule de Truie le monde est vide, brutal, l'écriture se colle à ça, avec des phrases beaucoup plus directes, moins melliflues, tiens pour me la péter et faire voir que je connais des mots compliqués. Et quand, dans gueule, il y a de la poésie pour reprendre ton mot, elle est froide. Du moins, il me semble. De la poésie de pluie. En fait quand j'écris je me calque sur la vision du monde qu'ont les personnages, et ça fait partie de la découverte des premiers chapitres quand je me met au travail, il y a un ajustement qui se crée, une... ben, je l'ai déjà dit ; on se découvre les uns les autres.

Mes sources, ce sont des choses qui me nourrissent depuis longtemps, les textes anciens, les images, certains films, des façons de voir qui me touchent. Je garde tout dans une poche secrète et après je fais des petits gâteaux en forme de livres. Après c'est dur de t'en dire plus, en tous cas je n'ai jamais lu un livre pour me dire « tiens, je veux écrire comme ça. »

 

4) Durant la conférence Wonder woman, tu as évoqué poneys magiques et morues galactiques, dévoilant à nouveau ton sens de l'humour trash (et pas toujours consensuel), celui qu'on retrouve dans tes glossaires en fin de roman. Y en aura-t-il une trace dans ton prochain roman ? Par ailleurs, tu as fait l'erreur (grave) de me dire que tu avais dans un coin de tes archives personnelles un roman humoristique, mais que tu n'étais vraiment pas certaine de vouloir le faire sortir au grand jour. Et si on faisait une pétition pour t'obliger à le présenter à un éditeur ? :P

Vu que le prochain roman sera Gueule de Truie, non, j'ose dire qu'il ne sera pas drôle. Sinon, j'ai effectivement un premier roman tout à fait cocasse si l'on aime l'humour potache et sot, et il a donc été signé chez un éditeur dont je tairai le nom, Critic ; je suis en plein remaniement de la bestiole et je pense avoir fini le manuscrit l'été prochain. Il y aura déjà une histoire de moustache géante et de sorbets au poulpe.


5) Gueule de truie, qui sortira en février 2013 chez Citric, est ton prochain roman. Rien qu'à la couverture (que j'aime beaucoup, soit dit en passant), on comprend que c'est une oeuvre post-apocalyptique. Tu peux en dire plus ? Plutôt Malevil de Robert Merle, ou Minority report** de Philip K. Dick (aucun des deux est une option possible) ?

J'aurais bien du mal à trancher, puisque depuis que j'écris, je n'arrive plus à lire. Du coup, je n'ai lu ni l'un ni l'autre, et les romans s'entassent, sans presque aucun espoir que je les lise un jour.

Gueule de truie. En parler. Bon ; Dieu a crié et le monde est mort. Il reste quoi ? Quelques survivants, à peine. Les Pères de l'église. Leurs inquisiteurs, comme Gueule de truie. Les inquisiteurs chassent les survivants. Parce que si Dieu a décidé que le monde était mort alors tout le monde doit obéir, sinon ça n'a pas de sens. Et un jour, Gueule de truie rencontre une fille. Et il n'arrive pas à la tuer. L'histoire commence comme ça. C'est un post-apo, donc. Si on me demande mon avis, c'est surtout un roman sur les gens, le silence, la perte. C'est un roman d'amour. Le vrai, caché tout au fond des tripes. Pas celui qu'on vend dans les publicités. Ce n'est pas un jugement. Ce n'est que mon avis. Mais je le partage.  



* voir la deuxième vidéo de la page, à 56mn.

** question débile, je m'en rends compte après coup, car Minority Report n'est pas du post apo. Pardon, lecteur.

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