Voici six siècles, les Envahisseurs ont chassé les humains de la Terre. Depuis ce jour, l’homme a trouvé refuge dans le système solaire. Ses connaissances scientifiques ont été fortement améliorées par la découverte d’un signal extra-terrestre, le Canal Ophite, transmettant à l’aide d’un puissant laser un flot continu d’informations technologiques. Sur Luna, le politicien Tweed prépare en secret un vaste plan de reconquête de la Terre. Dans des laboratoires secrets, placés en orbite autour de Jupiter, des clones illégaux de savants sous les ordres de Tweed cherchent à mettre au point des armes capables de chasser les Envahisseurs. Mais comment combattre un ennemi dont on ne connait quasiment rien ?
Lilo est une jeune biologiste, condamnée à mort pour avoir enfreint les Lois de Bioéthique sur l’ADN humain. Alors qu’elle attend sa sentence, Tweed la libère secrètement. Il l’oblige alors à rejoindre les Libres-Terriens et à collaborer avec lui. Lilo refuse à de nombreuses reprises, mais chaque tentative d’évasion conduit à son exécution, et un clone prend sa place. Les plans de Tweed sont cependant contrariés par un événement inattendu. Le Canal Ophite diffuse en boucle un avertissement. Les humains doivent impérativement régler leur facture d’abonnement au Canal dans la décennie à venir, sous peine de sanctions sévères. Les Ophites sont-ils capables de traverser l’espace interstellaire pour mettre leurs menaces à exécution ? Et si oui, seront-ils capables de chasser les Envahisseurs ? Pour les Libres-Terriens, cet avertissement sonne tout aussi bien comme un nouvel espoir.
Le Canal Ophite (The Ophiuchi Hotline) est le premier roman de John Varley, paru en 1977. Ce livre de space-opéra, écrit d’une traite sur un « coup de tête » , étonne avec sa forme narratrice assez novatrice mais encore brouillonne. Varley y expose sa vision spéculative du clonage, de la chirurgie esthétique, de la place de l’homme dans l’univers, et caricature non sans humour les réseaux câblés d’information. Varley surprend, fait mouche. Son style progressif dévoile l’intrigue par une succession de séquences narratives très cinématographiques. Le caractère inachevé de l’ouvrage désoriente fréquemment le lecteur, mais l’impressionnant effort de description de son univers force à continuer la lecture, jusqu’à reprendre pied dans l’intrigue. Le roman sait donc séduire, et le succès fut rapidement au rendez-vous (certains critiques le qualifiant de « Nouvel Heinlein ! »). Par la suite, ce premier roman devait servir de base à sa célèbre série des Huit Mondes.
Roman explosif, à la progression parfois déstructurée, Le Canal Ophite est une réflexion misanthrope sur l’homme. Dans l’univers de Varley, notre espèce n’est pas considérée par les races dominantes comme une espèce intelligente. Elle n’est qu’un animal habile, parasite de la Terre que les Envahisseurs chassent au profit d’être plus intelligents (les baleines, les dauphins et les cachalots). Notre entêtement nous empêche de véritablement progresser, et nous ne pouvons exploiter qu’une infime fraction des données émises par le Canal Ophite. Pour survivre dans cette galaxie, il fait savoir évoluer. Cela se peut par une symbiose avec les créatures photosynthétiques intelligentes des Anneaux, ou bien en osant briser les tabous moraux portant sur notre génome. L’homme est à deux doigts d’échouer, et le Canal Ophite entend lui forcer la main.
Le génie génétique et l’éthique sont omniprésents dans le Canal Ophite. Lilo est une jeune généticienne surdouée. Ses travaux d’amélioration génétique de plantes productrices de viande l’ont rendue assez riche pour financer ses propres travaux de recherche. La jeune femme n’a qu’une obsession : briser le tabou de l’ADN humain, pour le bien de ses semblables. Ses activités clandestines causeront d’ailleurs sa perte et le début de ses aventures. La curiosité insatisfaite du chercheur se heurte ici à des règles bioéthiques sévères, un garde-fou pourtant transgressé par les sociétés des Huit Mondes, qui autorisent toutes sortes de modifications chirurgicales dans des buts esthétiques ou sexuels. Dans le futur imaginé par Varley, le corps humain est devenu un objet comme un autre, mais l’ADN conserve un caractère sacré.
Le paradoxe apparaît également dans le recours aux clones. Chaque citoyen est libre de faire enregistrer sa psyché, mais nul ne peut créer de son vivant un clone de sa personne. Il ne peut y avoir qu’un seul exemplaire actif de chaque génotype humain [1]. Les échantillons biologiques prélevés en vue du clonage ne sont donc utilisés que lors du décès de l’individu. Cependant, la technique de transfert de la mémoire crée un duplicata de la personne, mis à jour selon les enregistrements effectués à une date précise. Les clones ne se transmettent pas la psyché de manière linéaire. Ce sont de nouvelles branches. Les humains du système solaire se leurrent en croyant avoir ainsi vaincu la mort. Ils ne font que permettre à une copie de continuer à exploiter leur psyché, mais l’original est irrémédiablement condamné à mourir. Il est curieux que cette société futuriste, si à cheval sur l’éthique de l’ADN, s’évertue à reproduire le corps et l’esprit à volonté; John Varley s’amuse entre les lignes de cette hypocrisie.
Le Canal Ophite m’a beaucoup inspiré. Cette œuvre réfléchie, parfois brouillonne mais débordant de cynisme, ouvre les portes de l’univers de John Varley. Ce n’est qu’un début, nous promet la conclusion de ce premier roman, et j’ai bien envie de poursuivre le voyage.
Ma note : 16/20
[1] Dans Le Canal Ophite, John Varley ne fait pas de distinction claire entre génotype et phénotype. Même si pour les besoin de cette chronique j’ai retenu sa définition, je rappelle toutefois qu’il s’agit d’une grossière erreur en biologie.
Dans un futur proche, la guerre pour le pétrole touche à sa fin. Les états sont en ruine et n’assurent plus aucun contrôle des zones reculées de leur nation. Seule compte désormais la lutte pour les dernières ressources mondiales d’or noir. Le chaos ultime s’annonce. L’Australie n’est plus qu’une nation fantôme. Dans ses vastes étendues désertiques, plus aucune autorité ne vient au secours des autochtones, livrés à eux-même. La lutte pour la survie est ponctuée de violence, les groupes de bandits sillonnent les territoires en ruine. Max Rockatansky vit désormais seul. Il parcourt le pays en ruine et tente d’y survivre. Alors qu’il cherche à se ravitailler en essence, il fait prisonnier un pilote d’autogire. Ce dernier lui apprend qu’une raffinerie gérée par une communauté de trente survivants fournit encore du pétrole. Max s’y dirige, mais découvre que le complexe est assiégé par une bande de motards, sous les ordres du Seigneur Humungus. Parvenant à forcer le blocus des brigands, Max propose à la communauté ses services. En échange d’essence, il leur fournira un camion pour tirer une citerne d’essence, et les aider à fuir le siège avant l’assaut final.
Mad Max 2 poursuit l’exploration de ce monde en plein chaos. Désormais, le film se déroule clairement en Australie (et non dans un pays quelconque, comme dans le premier opus). La société civilisée s’est effondrée et ne se relèvera plus (parabole de l’enfant sauvage au boomerang). Les produits manufacturés se font de plus en plus rares. Outre le pétrole, les munitions d’armes à feu sont également très prisées et difficiles à se procurer, époque violente oblige. Max mène une vie de solitaire, un poor lonesome cow-boy à bord de son bolide sur-vitaminé. George Miller quitte définitivement le domaine de l’anticipation sociale pour se concentrer sur le western post-apocalyptique. Le manichéisme est fortement présent : les pirates punks du seigneur Humungus sont tous de noir vêtus tandis les défenseurs de la raffinerie portent des vêtements blancs. La violence aussi se justifie selon le camp. Nous ne sommes plus dans la critique des débordements civils comme policiers du premier volet.
Max a quelque chose du anti-héros de western spaghetti. Son côté loup solitaire et ses attitudes mercenaires en sont pour quelque chose. Lui aussi est de noir vêtu, il n’incarne pas l’espoir mais se laisse flotter par le chaos ambiant. L’influence de Sergio Leone est bien présente. Son sens moral le force à éprouver de la sympathie pour le bon camp, mais il ne les aide que lorsque ses intérêts y sont liés. Mad Max 2 conserve cependant les ingrédients qui ont fait son succès : les bolides, les pirates de la route, les course-poursuites… Nous sommes dans un bon film de série B.
Si ce film permet de continuer l’exploration de cet univers post-apcocalyptique, Mad Max 2 présente déjà les premiers signes d’essoufflement : abandon de la réflexion sociale, renforcement des scènes d’action (soutenues par un budget dix fois plus important), manichéisme et violence totale. La saga perdra tout son charme avec un troisième volet de trop, où Mel Gibson donnera la réplique à Tina Turner, pour le plus grand plaisir des producteurs.
Ma note : 14/20
Film australien d’anticipation sociale à la sauce road movie, Mad Max est devenu un des grands classiques du cinéma et reste le film qui révéla l’acteur Mel Gibson au grand public. Dans un futur proche, les nations sont en guerre pour les derniers stocks de pétrole. Les populations vivent dans un état de semi-anarchie, et les gouvernements essaient de maintenir un semblant d’ordre. Max Rockatansky est un policier de la route. A bord de son Interceptor (une Ford Falcon XB sedan australienne), il est chargé de lutter contre les pirates de la route. Lui et ses co-équipiers doivent souvent employer la manière forte pour remplir leur mission, et sont souvent engagés dans de sanglants duels.
Max et ses co-équipiers tentent d’intercepter un dangereux hors-la-loi, le « Nightrider », lorsque ce dernier, en pleine poursuite, se tue dans un violent accident. La mort du chauffard provoque la colère d’un gang de motards, dont le chef n’est autre que le frère du défunt Nightrider. Jim Goose, le co-équipier de Max, est traqué et grièvement brûlé par les motards. Max craint alors pour sa sécurité et celle de sa famille. Il rend sa plaque de policier et part dans le nord, où il pense être à l’abri. Mais les motards croisent à nouveau son chemin, et tuent sa femme et son jeune enfant. Pour Max, il n’est plus alors question de fuite mais de vengeance, et l’ex-policier se rue dans une folle course-poursuite meurtrière.
Le Mad Max de George Miller est un western futuriste, une sorte de course-poursuite sanglante dans un pays en pleine auto-destruction. Le monde sombre peu à peu dans le chaos, et à la violence des populations désemparées, le gouvernement affaibli répond par une violence encore plus forte. Ces cow-boys lancés à la poursuite des despérados sur leurs bolides ne sont plus contrôlés par la justice de leur pays. Ils ne représentent plus son bras armé, mais agissent peu à peu de leur propre chef.
La fuite en avant de Max représente bien cet effondrement progressif du pays. L’état n’est représenté que par de vagues consignes radio assez naïves. Le QG de la MFP (Main Force Patrol) ressemble plus à un repaire fortifié de mercenaires qu’à un organe officiel. Seul ancrage avec le passé civilisé, la famille de Max reste une bulle de sérénité dans ce monde brutal. Aussi la mort de sa femme et de son enfant marque une coupure définitive entre le monde d’avant et l’univers post-apocalyptique qui s’annonce.
Mad Max met en scène l’agonie de notre société organisée et l’avènement d’un monde post-apocalyptique brutal. En trente ans, ce film n’a pas beaucoup perdu de sa puissance et pointe encore le doigt sur la chute de notre civilisation du pétrole. Un chef d’œuvre du film d’anticipation.
Ma note : 17/20
Une guerre sans merci oppose depuis des temps immémoriaux deux races de robots extraterrestres : les Autobots et les cruels Decepticons. Les deux adversaires courent après le Cube, un artefact technologique qui leur donnera la maîtrise de l’univers.
Dans les premières années du 21ème siècle, le conflit s’étend à la Terre lorsque les robots extra-terrestres retrouvent la trace du Cube. Un mystérieux cyborg attaque un avant-poste américain, au Qatar. Le conflit contre un ennemi invincible semble perdu d’avance ! Pendant ce temps, le jeune Sam Witwicky vit non sans difficultés son adolescence. Pour sa première voiture, son père lui a acheté un bolide délavé et bon pour la casse. Mais l’engin se révèle, contre toute attente, un sur-puissant robot et le plus fidèle ami du jeune Sam ! Entraîné avec sa nouvelle copine, Mikaela, au coeur d’un mortel affrontement, il ne tardera pas à devenir le seul espoir de l’humanité face aux terribles Decepticons.
Ne nous cachons pas plus longtemps la vérité. Transformers est un film de guerre SF. Robots contre humains, robots contre robots, effets spéciaux toujours et encore. Personne d’assez censé ne regarde un tel film pour la réflexion métaphysique sur l’existence de technologies intelligentes dans le cosmos. Si l’on regarde Transformers, c’est pour se rejouer le temps d’une projection les batailles épiques de son enfance, lorsque les robots transformables de votre coffre à jouets faisaient régner l’ordre (ou le chaos) sur vos p’tites voitures et autres légos. Seulement la nostalgie de l’enfance, cela va deux minutes, surtout si le scénario s’en rapproche par moments beaucoup trop par son effarante simplicité.
Pourtant, Transformers aurait pu rebondir avant de toucher le fond. Ceci grâce aux touches d’humour, omniprésentes dans le film. Un exemple : lorsqu’un Decepticon infiltre notre planète, il apparaît à bord d’une voiture de police scandant « to punish and enslave« , parodie du slogan « to protect and serve » des policiers américains. Les clins d’œil aux films d’action et de S.F. aussi : E.T. l’extra-terrestre, Kill Bill, Batman, Matrix… Il faut le reconnaître, autant de clichés prêtent à sourire, et le réalisateur Michael Bay en joue beaucoup. Le personnage de Sam joue le rôle d’anti-héros, un adolescent un peu paumé qui rame beaucoup dans sa vie sociale comme amoureuse. Ses répliques un peu déjantées et les situations ubuesques dans lesquelles les robots le jettent contribuent à briser le ton trop sérieux – et limite caricatural – des militaires engagés dans ce conflit. J’ai presque envie de le dire. Lui et quelques personnages secondaires délirants sauvent un tant soit peu cette super-production en lui apportant un brin de folie. C’est rafraichissant entre deux cascades d’effets spéciaux, mais ce n’est pas cela qui va sauver le film.
Notez que mon visionnage sur une chaîne de télévision française (et donc en VF…) massacre tout bonnement le film. Les doublages donnent un détestable effet vaudevillesque à certaines scènes humoristiques. Les autobots jouant à cache-cache dans le jardin des parents de Sam du haut de leur 8 mètres de ferraille sont doublés avec grotesque. Pitoyable et fatiguant. Problème, cette lassitude s’installe au bout d’une heure de visionnage. Michael Bay en profite alors pour faire rentrer une nouvelle faction : des fédéraux à la sauce M.I.B. ! Cette bouffonnerie est de trop. Rajoutant une couche de zone 51 et autres complots dans son film, le réalisateur vient saborder un scénario déjà bancal.
Alors non, Transformers n’est pas une réussite. Tout juste bon à être regardé pour meubler une soirée creuse. Ses effets spéciaux ne parviennent pas à combler le grand vide laissé par son manque cruel de scénario et de mise en scène convaincants. Entre film de guerre à l’américaine, SF et film parodique raté, Transformers reste un nanard à très gros budget. Et l’on se dit que los chers robots de notre enfance auraient mieux fait de rester dans leur caisse à jouets.
Ma note : 6/20
La Fondation ainsi qu’une large portion de l’ancien Empire Galactique sont désormais aux mains du Mulet, un mutant imprévisible capable de manipuler les esprits et d’imposer sa volonté à quiconque. La vision du psychohistorien Hari Seldon n’a pas prévu l’ascension du Mulet, et après trois siècles de déclin, un nouvel ordre militaire vient fédérer les mondes des anciennes provinces impériales. Mais le Mulet n’a pas encore totalement gagné la partie. Il a stoppé son expansion territoriale et recherche désormais ardemment la légendaire Seconde Fondation, fondée secrètement par des psychologues et spécialistes en sciences humaines. Et s’ils œuvraient secrètement sur les affaires de la galaxie, pour garantir l’accomplissement des desseins du légendaire Hari Seldon ? Le Mulet peut-il s’emparer de la Seconde Fondation ?
Publié en 1953, Seconde Fondation poursuit la compilation des nouvelles initialement parues dans la revue Astounding Science-Fiction. Il s’agit également du dernier tome de la trilogie originelle, puisque les deux prochains romans du Cycle de Fondation furent écrits bien plus tard, au début des années 80.
La première partie du roman, « La Quête du Mulet » (Now You See It… , paru en janvier 1948 dans Astounding Science Fiction Vol 40, No 5), reprend l’histoire peu après la victoire du Mulet sur la Fondation et les principales factions en présence dans la périphérie galactique et jusqu’à Trantor, l’ancienne capitale impériale. Le Mulet cherche à découvrir à tout prix la Seconde Fondation, qui laisse un de leurs espions, Channis, y conduire le mutant. Le Mulet croit triompher en découvrant l’identité de Channis et lorsque ce dernier lui livre la planète Rossem comme capitale de Seconde Fondation. Mais le Premier Orateur de Seconde Fondation, alors prisonnier du Mulet, a placé depuis longtemps ses pions sur l’échiquier. Il révèle alors que Channis n’était qu’un leurre, ses informations des mensonges psycho-chirurgicalement implantés, et qu’une attaque vise déjà le monde de Kalgan, le QG du Mulet. Vaincu, le dictateur mutant abaisse un instant ses défenses psychiques. Toute la puissance de la Seconde Fondation apparaît alors ; le Premier Orateur est aussi doué de pouvoirs psychiques, assez puissants pour prendre le contrôle du Mulet. Ce dernier, désormais persuadé que la Seconde Fondation n’existe pas, retourne sur Kalgan pour y vivre en paix, ayant perdu toute intention belliqueuse. Son règne s’achève avec se mort, et la Seconde Fondation triomphe.
La seconde partie du roman, « La Quête de Fondation » (…And Now You Don’t , publié entre décembre 1949 et janvier 1950), se focalise sur la puissance psychique de Seconde Fondation. La jeune Arcadia Darell s’inquiète du pouvoir redoutable de ces psychologues, et cherche à mieux percer ses mystères. Où se situe donc le siège de cette organisation agissant dans l’ombre ? Et si la Seconde Fondation n’avait jamais été envoyée aux confins de la galaxie mais était toujours restée au cœur de l’Empire décadent, prête à agir en secret pour garantir l’accomplissement des prophéties d’Hari Seldon ? Pour de plus en plus d’individus, les pouvoirs psychiques de la Seconde Fondation inquiètent. Elle devient une hydre insidieuse à leurs yeux, manipulant peut-être même Fondation dans l’ombre…
Asimov nous avait bercé avec sa fabuleuse Fondation, née comme un espoir scientifique face à la chute de l’Empire Galactique et au chaos s’annonçant. Le caractère triomphant de Fondation, sa puissance technologique et sa main-mise sur une portion de l’ancien Empire nous laissaient penser que la graine du Second Empire germerait en son sein. Et voilà que se présente le Mulet, entité dotée de capacités psychiques mutantes ! La technophile Fondation se prend une violente claque face aux pouvoirs psychologiques du Mulet. Aussi fallait-il, pour vaincre le Mulet, une force tout aussi redoutable. L’antagonisme est flagrant entre les deux Fondations. Asimov place la première dans la lumière et la technologie, et la seconde dans l’ombre et la manipulation. La Seconde Fondation, sorte de complot galactique ? La description de ses agents mentalistes m’a fait penser, dans une certaine mesure, aux agents d’état comme le KGB ou la CIA.
Il ne me reste plus qu’à continuer mon voyage dans le Cycle de Fondation avec ses deux derniers tomes, bien que postérieurs à la trilogie originelle. L’auteur reste le même, mais le souffle visionnaire demeurera-t-il ? Il me tarde de le découvrir.
Ma note : 16/20
Carmody est un citoyen américain du XXème siècle, un monsieur-tout-le-monde coincé dans son banal quotidien. Jusqu’à ce que l’inimaginable se produise. Carmody est l’heureux gagnant du tiercé galactique de l’avenir. L’envoyé qui lui apparaît n’a qu’une condition à remplir : aller chercher soi-même son prix au Centre Galactique. Une simple formalité, puisque le porteur de la bonne nouvelle s’en charge instantanément. La mauvaise nouvelle, c’est que personne n’a pensé au retour, et que « la Terre » n’est pas une coordonnée OQQ (Où, Quand, Quoi) valide pour les voyages interplanétaires. Que faire ? Pour Carmody commence alors un voyage interminable avec au bout du chemin un incertain retour au bercail.
Le quatrième de couverture ne trompe pas. Il y a quelque chose de Voltaire dans la plume de Robert Sheckley. son personnage, Carmody, est une sorte de Candide plongé dans une galaxie cruelle avec pour seul bagage son innocence (et un curieux prix doté de parole et de pouvoirs). Mais contrairement au Candide, Carmody n’est pas un naïf mais plutôt un citoyen cynique. Sheckley fait évoluer son héros au travers de saynètes acerbes, écorchant la société contemporaine et au discours philosophique servi avec un humour pince-sans-rire. Un régal pour le lecteur.
Nous ne sommes pas dans un space-opéra humoristique potache (et qui tâche) à la « sauce » Douglas Adams. La trame du récit ne suit pas un absurde aléatoire. Malgré l’accumulation de scènes inattendues et de situations surréalistes, la comédie de boulevard (pour paraphraser Jean-Pierre Andrevon) ne s’égare pas dans la farce grossière. Le conte philosophique reste toujours présent derrière les dialogues savoureux de Sheckley. Rien d’étonnant à ce que la tirade finale de Carmory m’évoque le « il faut cultiver notre jardin » voltairien. Une bonne surprise, et une lecture qui vous réserve un agréable moment.
Ma note : 16/20
Premier roman du Cycle des Saboteurs, ce roman du non moins célèbre Frank Herbert est paru en 1969. Le grand public connaît surtout Herbert pour son Cycle de Dune, qui fut publié durant la même période d’années. Aussi lire chez Herbert autre chose que Dune prend forcément un caractère quelque peu piquant.
Pour les connaisseurs, le Cycle commence avec deux nouvelles : A Matter of Traces (1958) et The Tactful Saboteur (1964). Dans l’Etoile et le fouet, Herbert reprend l’univers de la Co-sentience, une fédération de races intelligentes comprenant les Humains et d’autres extra-terrestres. La fédération a été profondément transformée par la découverte des Calibans voici 19 ans. Cette race extra-terrestre maîtrise les « couloirs S’œil », un moyen de téléportation immédiat de voyageurs d’une planète à l’autre. Mais cette technologie prodigieuse offerte par les Calibans à la Co-sentience l’a plongé dans une profonde dépendance : les mondes ultra-spécialisés ne pourraient désormais se passer des couloirs S’œil.
Aussi, lorsque la technologie se détraque et que les Calibans disparaissent mystérieusement, les autorités confient à Jorj X. McKie, agent extraordinaire du Bureau des Sabotages, la délicate mission de rentrer en contact avec le dernier représentant caliban. Délicate mission lorsque la créature, qui dit s’appeler « Fanny Mae », est quasiment éthérée sur notre plan dimensionnel et éprouve de sérieuses difficultés à communiquer avec les hommes !
L’Étoile et le fouet se focalise sur les problèmes de communication entre espèces extra-terrestres. Un sujet très classique de la science-fiction qu’Herbert nous sert à profusions. Les dialogues entre Jorj McKie et la calibane Fanny Mae sont si alambiqués, presque absurdes, qu’on ne peut avoir une pensée pour le traducteur – Guy Abadia – qui a dû sérieusement s’échiner sur le texte original. La situation atteint son paroxysme avec la déclaration d’amour de Fanny Mae à son protecteur McKie, un dialogue où l’humain s’interroge sur la compréhension qu’a la calibane du verbe « aimer » et qui nous renvoie à une réflexion (assez courte) sur sa définition. Herbert s’en sort assez bien, et le clin d’œil philosophique nous est servi avec humour.
La description de la Co-sentience vaut également le détour. Critique de la bureaucratie, cet état interstellaire a mis en place des rouages si complexes qu’un bureau spécial de « Sabotage » a pour mission d’enrayer la mécanique pour accélérer la machinerie technocratique ! Court roman de 219 pages, l’Étoile et le fouet ne m’a pas autant enthousiasmé que Dune, mais il faut lui reconnaître une grande originalité et une maîtrise narrative sans heurts dans ce scénario plutôt périlleux. La réédition proposée par le Livre de Poche est de plus agrémentée d’une magnifique couverture, signée Alain Brion. Il n’y a pas de petits plaisirs.
Ma note : 14/20
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Pendant des siècles, la vitesse de la lumière a été l’ultime limite à la création d’un empire interstellaire. Jusqu’à ce que la Compagnie Eronienne d’Energie, de Transport et de Communication conçoive le Tube. A travers un corridor de cent mètres de diamètre, les vaisseaux spatiaux voyages de planète en planète en quelques heures seulement. Eron est le point de départ et le terminal de tous les tubes de la galaxie. Son empire règne d’une main de fer sur les étoiles, et malheur à qui s’opposera à sa dictature !
Horn est un mercenaire hors pair. Mandaté comme assassin sur Terre, il doit honorer un contrat sur la tête du directeur général de la Compagnie Eronienne. Durant son infiltration, il rencontre le vieux Wu et son perroquet parlant. Les deux personnages lui semblent être de pauvres bougres perdus sur les ruines de la vieille Terre. Mais Wu réapparaît sans cesse, d’abord quelques instants avant qu’Horn n’honore son contrat, puis sur Eron, où notre assassin tente avec courage de fuir ses poursuivants en se cachant dans la gueule du loup. Qui est vraiment Wu, et quelles sont ses intentions réelles ?
Le pont sur les étoiles est un petit bijou de space opéra, injustement oublié des éditeurs. Ce grand classique est né d’une rencontre et d’une collaboration entre deux ténors de l’imaginaire : James E. Gunn, alors jeune auteur, et Jack Williamson, icône de la S.F. américaine. Leur première rencontre, en 1952, lors d’une convention mondiale de S.F., allait aboutir dès 1953 à une seconde rencontre et un projet d’écriture à quatre mains. Le véritable auteur du Pont sur les Etoiles est Gunn, mais l’initiateur de sa trame est Williamson. J.E. Gunn a travaillé à partir des notes de Williamson, lui renvoyant ses épreuves pour validation. Le manuscrit, une fois achevé, fut pris en charge par leur agent commun et publié en 1957.
Le résultat donne une œuvre puissante, combinant âge d’or de la S.F. américaine et sense of wonder dans un road trip interstellaire haletant. Les ingrédients utilisés dans la construction de cette fable futuriste son si bien agencés que le texte n’a pris aucune ride en plus d’un demi-siècle. Un tour de force qui doit certainement beaucoup au style évocateur et rêveur de Gunn, qui met en avant un univers presque onirique, une fable sur la grandeur et la décadence d’une civilisation intergalactique bâtie autour du plus grand secret technologique de l’univers. Les époques se succèdent, les empires se font et se défont, mais la fable reste la même. Je suis assez étonné d’ailleurs que je scénario n’ait pas inspiré (à ma connaissance) un réalisateur hollywoodien.
Il n’y a rien à jeter dans le Pont sur les étoiles. Le texte publié par les Moutons Électriques a subi une légère révision de sa traduction (texte traduit par Colin Delavaud et revisité par Julien Bétan) et surtout présente l’avantage d’être enfin publié dans son intégralité. Une préface de Gérard Klein, et la fort instructive postface inédite de James E. Gunn en personne complètent ce très bon texte. Plus qu’un livre de S.F., le pont sur les étoiles est une pépite dont il serait dommage de se priver.
Ma note : 16/20
Sur Helliconia, le terrible hiver touche à sa fin, après cinq cent ans de règne. Son cycle orbital complexe autour de ses deux soleils entre dans une nouvelle phase, et un court printemps s’apprête désormais. A sa surface, humains et phagors se partagent les maigres ressources de l’hiver. Tous vivent dans le souvenir légendaire de temps plus cléments. Alors que les premiers signes d’un redoux apparaissent, Yuli le chasseur nomade perd son père, capturé par les phagors. Dans son errance, il découvre Pannovial, la cité troglodyte, où les hommes cherchent à fuir le grand froid. Mais Yuli devenu prêtre refuse ce mode de vie cloîtré et remet en question l’ancien ordre établi. Il lui préfère la dure vie des nomades sur les étendues gelées. Dans les ruines de pierre d’un ancien palais, au bord d’un lac gelé, les chasseurs ont établi leur campement. Cette maigre tribu, que Yuli va conquérir, deviendra au fil des courtes générations humaines le cœur d’un bouleversement technologique, mu par le réchauffement climatique. Avec le dégel, l’humanité du paléolithique se mue en néolithique, puis en âge de bronze, et enfin en âge de fer. Le printemps voit refleurir l’humanité, et les phagors s’exilent à nouveau vers les dernières contrées gelées, fuyant l’interminable été qui s’annonce sur Helliconia.
Brian Aldiss, auteur britannique émérite de science-fiction, voulait créer son propre univers, et dresser un tableau romanesque de l’évolution de notre civilisation. L’idée d’Helliconia lui vint alors : un monde fort semblable au nôtre, à la différence près qu’une année y dure aussi longtemps que l’histoire de l’humanité. Sa première vision exposée à des amis et collègues scientifiques, il transforma ce deux rêve en un univers plus mûr. Helliconia connaîtrait bien des saisons interminables, mais en raison de son système solaire binaire. Son orbite autour de Batalix, une étoile au rayonnement plus faible que celui de notre soleil, dure 490 jours. Mais Batalix orbite elle-même autour d’une étoile géante, Freyr, en une révolution elliptique de 2592 années terriennes. La faible Batalix ne permet pas de réchauffer suffisamment Helliconia, le dégel ne s’opère que lorsque l’étoile se rapproche de Freyr. Le monde d’Helliconia n’a pas toujours connu ces cycles astronomiques majeurs. A l’origine, Batalix était seule, avant d’être capturée dans le champ gravitationnel de Freyr. Les premiers nés, les phagors, parcouraient alors leur monde gelé. L’arrivée de Freyr provoqua de puissantes transformations géologiques et écologiques, et de nouvelles espèces évoluèrent en conséquence. Les rares primates présents sur Helliconia donnèrent une race d’humains, s’épanouissant l’été et régressant l’hiver. Depuis ces temps, les phagors et les « fils de Freyr » comme ces derniers appellent les humains sont en guerre constante pour le contrôle de la biosphère helliconienne.
Cette fable teintée d’écologie planétaire resterait une belle construction de planète-opéra si les Terriens n’y rajoutaient pas leur discret grain de sel. Discrète touche de space-opéra, une station orbitale surveille discrètement Helliconia depuis des siècles. A son bord, des scientifiques terriens étudient avec attention le plus spectaculaire sujet d’étude en planétologie. Toutes les données recueillies sont envoyées vers la lointaine Terre, où l’étude d’Helliconia et de ses peuples captive les scientifiques comme le grand public. Véritable planète-laboratoire, Helliconia est également un programme de télé-réalité mondialement suivi sur Terre. Avec son millier d’année-lumière de différé, l’émission passionne notre planète. Curieux sentiment que notre humanité regardant par la lorgnette d’une station spatiale cette analogie qu’est Helliconia. Car aucun terrien ne peut venir explorer directement la planète. Il circule dans sa biosphère un virus à ARN, le virus hélico, mortel pour les Terriens. Sur Helliconia, il est véhiculé par les tiques, et est responsable de deux grands vagues d’épidémies lors des brusques changements de saison : la fièvre osseuse et la mort grasse. Ce mal vient jouer un rôle modérateur dans les populations mondiales de phagors et d’humains helliconiens, assurant discrètement le contrôle et la préservation de ses écosystèmes face aux deux espèces dominantes.
Le cycle d’Helliconia débute comme un laboratoire de l’imaginaire. Brian Aldiss s’évertue à dresser le portrait scientifique d’un monde de S.F. particulièrement complexe. Tour à tour astronome, géologue, écologue, ethnologue et archéologue, Aldiss s’appuie sur les remarques et discussions de scientifiques pour rendre son univers le plus crédible possible, et nous place dans la même situation que ces Terriens. Le biologisme omniprésent que jettent les scientifiques sur Helliconia fait place sur Terre à la passion des spectateurs pour ces lointains héros. Un certain sentiment de malaise persiste toutefois à la lecture de ce roman. Certes, la science justifie ce non-interventionnisme terrien comme un acte de foi éthique respectant l’évolution singulière d’Helliconia. Mais ce prétexte sert également de merchandising sur Terre, et écœure peu à peu le lecteur. Le spectateur terrien se réjouit du drame sans cesse répété que vivent les civilisations humaines et phagors à la surface de la planète ; est-ce là une perversion justifiée par la vertu scientifique ? L’éthique de ce roman repose dans ce questionnement sans cesse renouvelé, entre humanisme et biologisme.
De cette observation à la loupe et en accéléré d’une civilisation humaine, qu’en retient le lecteur ? Intérêt ou amusement ? La réponse est encore une fois dans le roman. Tout comme les spectateurs terriens abandonnent les vastes amphithéâtres de diffusion des années durant lorsque rien de nouveau ne se déroule sur Helliconia, le lecteur décroche à intervalles réguliers devant les scènes à rallonge développées au fil du texte. La lenteur du récit permet de créer un effet temporel, une longue mais inéluctable transition alors que l’hiver s’achève et que l’été s’annonce. Malgré les inévitables moments d’ennui qui jalonnent la lecture de ce tome, il est gratifiant d’en achever la lecture. La tableau d’ensemble est riche, haletant, dépeint avec un rare souci de minutie par un auteur convainquant. Helliconia mérite à coup sûr son titre de cycle classique de la S.F., l’œuvre ne demande qu’un peu de patience à son lecteur pour lui livrer toute son essence.
Ma note : 16/20
Sur la planète hostile de Delmak-O, quatorze colons s’installent sur une planète à la nature capricieuse, changeante et dangereuse. Alors qu’ils perdent tout contact avec l’état-major interstellaire de ce secteur de la galaxie, ils doivent faire face à des crises hallucinatoires inspirées par leur environnement hostile. Les illusions se succèdent, alors que les morts mystérieuses s’accumulent autour d’eux.
Au bout du Labyrinthe s’apparente à un Dix Petits Nègres à la sauce space opéra, mais n’a rien du polar à la Agatha Christie. Tout n’y est qu’absurdité, folie et crises hallucinatoires. Roman au bord permanent du naufrage, il n’en reste pas moins une étrange expérience de la détresse psychique dans laquelle était plongé son auteur au moment de son écriture.
Au début des années 1970, P.K. Dick est au plus mal. Sa femme Nancy Hackett l’a quitté avec sa fille, Isa. Il vit désormais en marginal dans sa maison californienne, ouverte à tous les hippies, junkies et squatteurs de passage. Il expérimente de nouvelles drogues, sombrant dans de longues périodes de délire. Lors de ses moments de lucidité, il cherche à se faire interner en hôpital psychiatrique, mais sans succès. Il publie durant cette année 70 deux ouvrages, Au bout du Labyrinthe et Message de Frolix 8. Deux livres qui suivent Ubik (1969) et Coulez mes larmes, dit le policier (1974). Une époque forte dans la vie de l’auteur, et dont ses futures œuvres garderont la trace, que ce soit dans le recours aux narcotiques (Substance mort) comme dans la recherche d’expériences mystiques (L’invasion Divine).
Mais revenons Au bout du labyrinthe. L’avant-propos de l’auteur, plutôt décousue, sonne comme un mélange mal digéré d’expériences psychotiques sous fond de crise existentielle. La fameuse expérience vécue de Maggie Walsh, qui lui aurait été inspirée à l’aide de L.S.D., est décrite de manière fade et conventionnelle. De même les différents personnages, censés représenter des facettes de sa personnalité déprimée, restent de tragiques bouffons et reflètent plus du désespoir de l’auteur que de la crise psychotique. Le fameux Coulez mes larmes, dit le policier exprime tout aussi bien, sinon mieux, la mélancolie et la déprime de Dick. Quelques références aux autres œuvres de Dick apparaissent ici et là; les structures réplicatrices de Delmak-O évoquent par exemple la nouvelle Autofab (1955). Comme souvent chez Dick, la compréhension des sciences et techniques reste hasardeuse, le caractère « scientifique » de sa SF reste relégué au second plan. Peu importe l’exactitude de ses propos, la technique ne sert que de problématique psychologique supplémentaire, sans prétention visionnaire.
Alors, si ce roman ne parvient pas à mêler efficacement hallucinations, psychologie et rêverie, que lui reste-t-il ? Probablement l’expérience mystique, avec l’écriture d’une théologie réfléchie et crédible, basée sur la déclinaison d’une divinité aux multiples facettes. Et le talent de rendre ce livre au combien imparfait aussi passionnant qu’intriguant. Peut-être pas la meilleure œuvre de Dick, mais sans aucun doute un ouvrage remarquable du maître.
Ma note : 16/20